‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 184 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME. 39i · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. 39i

je le portai k mon père et à ma tante. Ah t quelle joie ce fut dans la maison I Le p&re Hîlario le baptisa et lui donna le nom de Beppo, qui leal dire « joie dans les larmes. »

De ce jour, j'eus deux soucis au lieu d*un, et je l'emportai partout avec moi pour le faire sourire à son père en le tenant sur le rebord extérieur de ta loge ; quelquefois même il passait ses petites mains à travers la grille et jouait avec les chaînes d'Hyerooimo; je l'endormais, je l'allaitais, je riais avec loi.

Cela ranimait le pauvre Hyeronimo ; il le regardait , il me regardait , il revenait à la santé en jouissant de notre vue. J'avaifl oublié nos malheurs, et quand je jouais dans la rue de la zampogne, l'enfant paraissait écouter la musique, et les jeunes mères s'arrêtaient pour le contempler et pour m'entendre.

Enfin, monsieur, nos deux figures amenaient trop de foule dans ta rue, et la supérieure me lit venir pour me dire que l'enfant et moi nous étions trop beaux à présent pour rester plus longtemps à Livoume, que cela pourrait donner lieu h de nouveaux bruits, bien qu'il n'y eût rien h me reprocher que l'enfant dont tout le monde ne connaissait pas l'origine; que Hyeronimo n'avait plus que six semaines pour achever sa peine, après quoi il pourrait revenir en

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liberté rejoindre, dans notre montagne, sa femme, son fils, sa mère et son oncle, et qu'il convenait que je disparusse immédiatement de Livoume, ofi ma jeunesse et ma figure faisaient trop de brait et de scandale.

Je la remerciai de&es bontés, j'embrassai les deux chiens, mes fidèles gardiens de la cour; je dis adieu en pleurant à Hyeronimo, et je partis en sanglotant, avant le soir, pour la cabane, avec mon enfant sur le dos ; je laissai ma zampogne à Hyeronimo pour le délasser en mon absence. Il y a justement demain six semaines qu'il doit être libre des galères; peut-être, monsieur, le voilà qui débouche sur le pont de Lucques oii j'ai tant pleuré un jour.

Elle prêta l'oreille du côté du pont.

Après être restée un moment Toreille tendue du cêté du pont, comme si elle devinait le pas de son amant et de son époux, un faible grincement de zampogne se confondit avec le vent, semblable au bourdonnement d'un moucheron, le soir, au soleil couchant, s'éteignit, se reprit, se grossit, et finissant par ne plus laisser de doute, monta rapidement par la montagne et finit par remplir l'oreille de Fior d'Aliza.

— Ah ! c'est lui, j'ai reconnu l'air, s'écria-t-elle, et pâ-

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