‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 185 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

lissant comme si elle allait tomber à terre, ramassant Ten- Tant dans le berceau, elle le prit dans son sein, l'embrassa, et, s' échappant avec lui vers la porte, courut avec la rapidité de la pierre lancée de haut, au-devant d'Hyeronimo!.. Nous la perdîmes de vue en un clin d'oeil, et je restai seul avec les vieillards.

J'aurais voulu assister à cette scène de retour et de l'amour dans cette solitude ; puis, je réfléchis qoe le bonheur suprême a ses mystères comme les extrêmes douleurs que rien ne doit profaner k de tels moments et h, de tels retours que l'œil de Dieu ; que je générais involontairement, malgré moi, l'échange de sentiments et de pensées qui allaient précipiter ce beau jeune homme des bras de sa sposa aux bras de son oncle et de sa mère dans des paroles et dans des silences que ma présence intimiderait et qui ne retrouveraient plus jamais l'occasion de se rencontrer dans la vie.

Je fis un signe à mon chien et nous disparûmes.

Je remontai seul encore au grand ch&taignier ; les dernières feuilles tombaient humides sous le beau vent d'équi-

zed.yGOOg[e

394 PIOR D'ALIZA.

Doze qui résonnait par bouffées dans la montagne, conune l'orgue de la Toussaint dans la cathédrale des couvents lointains.

Fior d'Aliza jouait avec son enfant sous le rayon du soleil qui tombait de l'arbre dépouillé, à travers les rameaux. Le père et la tante écorçaicot les ch&tajgoes que les premières gelées avaient fait fendre sous les feuilles jaunies, et rbeureux Hyeronimo relevait avec de la terre jégèrement mouillée le bourrelet de glaise durcie que Tété avait 'desséché sur le coup de hache des b&cherons, quand il avait donné sa vie pour la vie de l'arbre.

Le bonheur était incrusté sur toutes les figures, comme si aucfin accident de la vie ne pouvait jamais l'altérer. Seulement le père Hilario ne pouvait plus sortir du couvent & cause de ses infirmités croissantes, et la reconnaissante famille lui préparait un panier de châtaignes choisies, que Hyeronimo et Fior d'Aliza devaient lui porter, le lendemain, au monastère, en souvenir du salut qu'ils lui devaient.

J'entrai avec eux dans leur cabane ; tout y était propre, vivant, joyeux, même le petit chien à trois pattes qui me reconnut et me fit fête, parce qu'il se souvenait de m'avoir vu le soir du retour de son jeune mal^. Les caresses de ce

zed.yGOOg[e

Page 1