CHAPITRE PREMIER
Je ne tardai pas à porter mes respects à une majesté découronnée que j'avais visitée h. mon premier voyage. Le souvenir de eon second époux, te poêle A//îm, l'illustrait davantage encore que le premier, à mes yeux. C'était la comtesse d'Albani, reine légataire de l'Angleterre par son mariage avec le dernier des Stuarls. La comtesse d'Albani, belle autrefois, et toujours aimable, était une fille de la grande maison f1amand« des Stolberg, sœur de ces frères Stolberg, célèbres dans la philosophie et dans la littérature allemande du dernier siècle. Le cardinal d'York, frère du Prétendant, autrefois héroïque, Charles-Edouard, et réfugié à Rome, avait fait venir la jeune comtesse en Italie pour lui faire épouser son frère déjà âgé et déchu de son caractère par un vice excusable dans un héros découragé : l'ivresse, mère de l'oubli. Le prince avait été séduit par la jeunesse, la beauté et les grâces intellectuelles de sa compagne ; il l'avait aimée, mais il n'avait pu conserver son estime, encore moins son amour. Le poète aristocrate piémonlais Alfîeri, présenté à Florence à la cour du prince, n*avait pas tardé à plaindre la jeune victime d'un époux suranné, et k ambitionner le rôle de favori et de consolateur d'une reine. 11 était parvenu sans peine b. tourner, en
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faxeur de la comtesse d'Albani , la faveur passionnée de l'opinion de la société en Toscane. La religion elle-même avait servi de manteau à l'amour.
Un soir que les deux époux devaient aller ensemble au théâtre, le prince était parti le premier et se croyait suivi dans une seconde voiture par sa femme, retardée sous un spécieux prétexte ; mais il l'attendit en vain dans sa loge ; il l'avait vue pour la dernière fois ; un couvent inviolable avait reçu la comtesse et l'avait soustraite aux droits et aux recherches de son royal époux.
Peu de temps après, AIfleri, voyageant seul, suivi de ses quatorze chevaux anglais, sur la route de Sienne, s'acheminait mélancoliquement vent Rome, où la comtesse d'Albani se rendait de son côté par une autre route, allant chercher dans un couvent la protection de son beau-frère, le cardinal d'York.
Le cardinal s« déclara le protecteur de sa belle-sœur auprès du Pape. Après quelques mois de séquestration dans le monastère de Rome, la séparation civile et religieuse fut prononcée, et la comtesse, libre de ses engagements, se rendit à Paris et dans d'autres capitales, où elle fut suivie par son poète. Après la mort de son mari^roi, qui ne tarda pas à succomber h ses excès et b. son triste isolement, un mariage secret, dont on n'a eu néanmoins aucune preuve légale (parce que cette preuve aurait privé la royale comtesse de la pension que lui faisait l'Angleterre), unit les deux amants.
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