CHAPITRE PREMIER
La vi^ritable maladie dont Alfien mourut k quarante ans était l'ennui qu'il éprouvait lui-même de ses propres œuvres ; aussi se réfugiait-il dans l'étude du grec et dans des poésies syatématiquea, épigrammatiques, civiques, démocratiques, aristocratiques, qui fatiguaient l'esprit sans nourrir le cœur. Ses Mémoires seuls, cet étrange et amoureux monument de son amour pour la comtesse d'Albani, méritent d'être recueillis et de survivre. Il y a dans ces Mémoires autant d'originalité que de grandeur et de passion ; là, son caractère savait véritablement participer de la majesté de sa royale idole.
Il mourut chez la comtesse d'Albani, qui fit élever par Canova, dans l'église de Santa Croce, un magnifique monument avec la statue colossale de l'Italie pleurant son poète. Ce monument est comme l'homme, plus déclamatoire qu'éloquent; c'est le mausolée académique d'une poésie de convention. Le grand peintre français Fabre, de Hontpelllier, ami de la comtesse d'Albani, fut son consolateur, et. Ton croit, son troisième mari. C'était un Poussin moderne tout à fait italianisé par son talent et par sou culte pour Raphaël, dont il recherchait les moindres ves-
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tiges, et dont il ii^gua, à sa mort, les reliques retrouvées
au musée de sa ville natale, Montpellier.
Les lettres de la comtesse de Virieu, veuve du membre de l'Assemblée nationale, intimement liée avec la comtesse d'Albani, m'avaient accrédité chez elle. Sa maison, modeste, élégante, lettrée, était le sanctuaire quotidien des personnages les plus distingués de Florence, Athènes alors de rjtalie. Le comte Gino Capponi, héritier du grand nom et de la grande influence de ses ancôtres, avec qui j'étus lié d'ancienne date à Paris, y venait tous les jours. C'était et c'est encore le génie de la Toscane historique ressuscité; il désirait la liberté et l'indépendance de sa patrie, restaurée sous ses souverains libéralisés, mais nullement la destruction du nom de la Toscane et l'usurpation de la maison de Savoie sous les Pïémontais, considérés alors comme de bons soldats des fronliferes, et nullement comme des maîtres dignes de l'Italie régénérée. Le comte Gino Capponi, porté au ministère par tes premiers (lots de la révolution italienne, y agit dans ce sens patriotique et émancipateur de l'étranger, jusqu'au moment où la fausse idée d'une unité absorbante détruisit, sous le carbonarisme des radicaux, tes vraies nationalités historiques dont l'Italie se compose,
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