CHAPITRE TROISIÈME lOi
gués tresses blondes de ses cheveux, tantôt recouvrant fenfant et elle comme d'un voite, tantôt relevée et rattachés & son front, avec des bouquets d'œilletf) rouges et de giroflées autour de sa tempe.
Quand cette première toilette, qui annonçait un jour de fête, fut finie, elle s'assit à terre, sous le grand châtaignier, et roulant avec des éclats de rire mutuels son bel enfant nu sur le lit de feuilles, elle jouait avec lui comme une biche avec son faon nouveau-né. Toute la voûte des feuilles résonnait de leurs cris, car ils se croyaient seuls dans la nature :
Mi rivedrai Ti revedro Diluobelrai, Ui pascero I
chantait-elle en entrecoupant son air de baisers et d'éclats de rire, comme quelqu'un qui pense & revoir et à être revue avec une égale ivresse, le soir de ce beau jour qui commeoce si bien.
A ce moment où je me noyais en silence dans l'admiration de cette jeune fille, la plus séduisante que j'eusse encore vue, déjà semblable à une mère, à un &ge où elle
devait grandir encore, et réunissant sur sa figure l'amour
badin de la sœur à la tendre sollicitude de la mère, mon
chien, qui revenait d'un arrêt, se précipita avec fougue
vers moi et me fit apercevoir de la jeune fille. Elle jeta un
cri, se leva d'un bond en emportant son enfant, et voulut
s'enfuir.
— Ne fuyez pas, lui dis-je avec respect, c'est à. moi de m'éloigner, puisque ma présence inattendue dans ce lieu trouble vos yeux et aussi ceux de ce bel enfant à qui ma vue fait détourner la tête vers votre épaule.
— Non, seigneur, me répondit-elle en rajustant son corset rouge sur sa poitrine ; pardonnez, je me croyais seule et je faisais participer mon nourrison au bonheur qui nous attend ce soir. Je passais le temps qui sera si long aujourd'hui !
Elle me pria d'entrer pour me rafraîchir un moment, m'assurant que son père aveugle et sa tante seraient heureux dans un tel jour de pouvoir m'offrir Thospitalité.
— Car les hôles de ces solitudes' sont bien rares, et il faut bien s'en défier, ajouta-t-elle avec grâce; mais il y en a dont l'arrivée porte bonheur à une maison.
En parlant ainsi, elle tourna l'angle du petit jardin, et, m'annonçant à son père, elle me Qt entrer dans la masure.