CHAPITRE TilOISIÈME
Après lesouper, je demandai timidement, en regardant tour à tour l'aïeule, le père, la fille, le récit qui m'avait été promis pour m' expliquer la profonde blessure du châtaignier.
— Âli ! moi, je ne saurais pas dire, je pleurerais trop, dit la vieille Femme,
— Ah ! moi, je n'oserais pas, je suis trop jeune pour tout savoir et trop innocente pour savoir bien raconter, dit la spom.
— Parlez donc, vous, p&re, dirent-elles toutes deux.
— Ah bien! non, dit le père; mais parlons chacun à notre tour, et disons chacun ce dont cous nous souvenoos ; ainsi le voyageur saura tout par la bouche même de celui qui aura vu, connu et senti la chose.
— Bien ! di&-je. C'est donc & la vieille mère de parler la première, car elle a vu passer bien des ombres du châ-
laignier sur la bruyère de la montagne, el tomber bien des
lits de feuilles mortes sur les racines el sur voire toit.
— Ah 1 c'est bien vrai, que j'en ai bien vu tomber et renalire de cee chères feuilles de notre gros arbre, dit-elle en écartant de sa main amaigrie les mèches de ses cheveux blancs, qui lui tombaient de Bon front sur les yeux. Que voulez-vous, mon jeune monsieur, je Tai entendu dire à mon père et au père de mon père : notre famille est aussi vieille sur la montagne quels rocher fendii qui pleure de vieiltesse, comme mes yeux, et que les racines de Tsrbre qui ont fendu la roche en se grossissant sous terre. Ces deux braves hommes ne savaient pas quand nous y étions venus pour la première fois. Ils disaient qu'ils avaient entendu dire, par le plus vieux moine du couvent de là-liaut, que les Zampognari, c'est notre nom de famille, étaient descendus, dans le temps des guerres des Pisans contre les Florentins, d'un jeune oflicier toscan prisonnier des Pisans, qui s'était sauvé de la tour de Pise, où H attendait la mort, avec la jeune fille du capitaine geôlier de sa tour, et qu'il s'était bâti, au plus haut de la montagne, alors déserte, une cabane sous les ch&taigniers pour y vivre de peu avec sa maîtresse.
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