‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 48 sur 186 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

dit le vieillard ; c'est mon fils et mon apprenti. Il est en mer.

— Est-il donc matelot? demandai-je.

— Oh t non, monsieur ; il Test et il ne l'est pas. Mais ce serait trop long h vous raconter; vous devez avoir' besoin de dormir. Ahllepauvregarçon, il aime trop le ch&taignier pour cela.

— Mais, à propos de châtaignier, dis-je, comment se fait-il que, si vous aimez tant de père en Tils cet arbre nourricier de la famille, vous ayez creusé à coups de hache dans son tronc ce grand creux où Ton voit encore l'empreinte du fer dont vous l'avez si cruellement frapp«î, au risque de le faire écrouler avec son dôme immense et ses branches étendues sur votre chaumière?

— Ah I c'est une longue et triste histoire, monsieur, me dirent-ils tous à la fois ; le bon Dieu et la Madone l'ont sauvé par miracle, et il nous a sauvés avec lui, mais cela n'importe pasplusquelenid de corneilles quia été sauvé, ce soir-U, avec l'arbre, et dont les petits seraient tombés à ter^e avec lui. N'en parlons plus ; cela nous ferait trop serrer le cœur.

— Non, non! dis-je avec une curiomté qui venait de bonne intention, parions-en, à moins que cela ne vous fasse

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trop d'angoisse. Je suis jeune encore, mais j'ai toujours aimé, dès mon enfance, & pleurer avec ceux qui pleurent, plus qu'à rire avec ceux qui rient ; si voua ne voulez pas me dire toute l'histoire aujourd'hui, vous me la direz demain, car je n'ai rien qui me presse, et si j'étais pressé, quelque chose encore me retiendrait ici que je ne puis pas définir.

En parlanlainsi, je jetai involontairement un coupd'ceil à la dérobée sur l'angélique figure de la jeune mère, qui était allée donner le sein à son enfant sur le seuil de la cabane. Jamais beauté si pure et si rayonnante n'avait fasciné mes yeux : une apparition du ciel à travers le cristal de Tair des montagnes, la fraîcheur du matin, un fruit d'été sur une branche, une joie céleste h. travers une larme, une larme d'enfant devenue perie en tombant des cils ; puis ces quatre âges de la vie sous un même arf>rB : l'aïeule, le père, la jeune épouse, t'cnfanl à ta mamelle; ces pauvres animaui domestiqueti' : le chien, les chèvres, les colombes, les poussins sous l'aile de la poule, les lézards courant avec un léger bruit sous les feuilles sèches du toit. Cette scène me fascinait.

Nous sou pâmes.

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