CHAPITRE TROISIEME
mort, dans le petit bois de lauriers, pour cuire les cb&laigDes dans la marmite de terre, et Hyeronimo commençait aussi à remuer la terre pour y semer le maïs et le millet. Quant aux chèvres, aux moulons et à l'âne, ils se gardaient eux-mêmes dans ]a bruyère, et quand ils tardaient h se rapprocher, le soir, le chien que j'envoyais dans la montagne me comprenait; il les ramenait tout seul h. la cabane ; ce bon chien était le père de celui que vous voyei couché aux pieds de son maître; il l'a si bien instruit qu'il nous sert comme son père ; c'est un serviteur sans gages, pour l'amour de Dieu.
On pouvait encore mener doucement sa pauvre vie et bénir Dieu et la Madone dans cette condition ; je devenais vieille, Antonio était infirme, mais patient ; le temps coulait, comme l'eau de la source, entraînant sans bruit les feuilles mortes comme les années comptées dans sa course; les enfants s'aimaient, ils étaient gais ; un frère quêteur du couvent de San Stefano leur avait appris, en passant, leur religion; ils étaient aussi obéissants à moi qu'au vieil Antonio, et nous confondaient tellement dans leur tendresse, que la nile ne savait pas si elle était ma fille ou celle d'Antonio, et que le garçon ne savait pas dire s'il était mon fils ou celui du vieillard. C'étaient comme des enfants jumeaux,
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comme une soeur et ud frère. Sans rien nous dire, nous nous proposions de les marier quand ils auraient l'âge et l'envie ' de s*aimer autrement.
Comment ne se Beraient-iis pas aimés? ils ne voyaient jamais d'autres enfants de leur âge ; ils n'avaient qu'un même nid dans ta montagne, et un même sang dans le cœur,, un même soufiDe dans la poitrine, un même air sur le visage I Leurs jeux et leurs rires sur le seuil de la cabane, les jours de fête, en revenant de la messe des Ermites aux Gamaldules du couvent, faisaient la gaieté de la semaine ; les feuilles des bois en tremblaient d'aise, et le soleil en luisait et en chauffait mieux sur l'herbe au pied du châtaignier.
Hyeronimo me rappelait tant mon mari par ses boucles noires, sous son bonnet de laine brune ! Antonio ne pouvait pas aussi bion voir sa fille & cause du voile qu'il a sur ses pauvres yeux ; mais quand il entendait l'éclat de sa voix, à la fois tendre, joyeuse et argentine, comme les gouttes de notre source, quand elles résonnent en tombant des tiges d'herbes dans le basdn, il croyait entendre sa pauvre défunte, ma sœur.
— Comment est-elle? me demandait-il quelquefois. Â< t-elle un petit front lisse comme une coupe do lait bordée de mouches ?
— Oui, lui répondais-je, avec des sourcils de duvet noir qui commencent à lui masquer un peu les yeux.
^A-t*elle des -cheveux comme la peau de cbàtaigne
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