‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 56 sur 186 · CHAPITRE TROISIÈME. ^U · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. ^U

sortant de la coque, avant que le soleil l'ait brunie sur le toit?

— Oui, lui disais-je, avec le bout des mèches luisant comme Ter du cadre des Madones, sur l'autel des Camaldules , quand les cierges allumés les fbnt reluire de feu.

— A-t-elle des yeux longs et fendus, qui s'ouvrent tout humides comme une large gouUe de pluie d'été sur une fleur bleue dans l'ombre ?

— Justement , répondais-je , avec de longs cils qui tremblent dessus comme l'ombre des feuilles du coudrier sur l'eau courante.

— Et ses joues?

— . Comme du velours de soie rose sur les devantures de boutiques d'étodes à la foire de Lucques.

— Et sa bouche?

— Comme ces coquilles que tu rapportais autrefois des maremmes de Serra Vezza, qui s' entr' ouvrent pour laisser voir du rose et du blanc, dentelées sur leurs lèvres, demifeimées, demi-ouvertes, pour boire la mer.

— Et son cou ?

— Mince, lisse, blancet rond comme les petites colonnes de marbre couronoées par des têtes d'ange, en chapiteau, sur la porte de la cathédrale de Pise.

— Et sa taille?

— Grande, élancée, souple et arquée, avec deux légers renflements sur la poitrine, sous son corset enrore vide.

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— Ah ! Dieu ! s'écria-t-il, c'est tout comme sa mère k son âge, quand je la vis pour la première fois à la noce avec mon frère, trois ans avant de la demander è. votre mère. Et ses pieds ?

— Ah 1 il faut les voir quand elle les essuie tous mouillés sur l'herbe, après avoir lavé les agneaux dans le bassin de la ravine : on dirait les pieds de cire de l'enfant Jésus, avec SCS petits doigts, sur la paille de l'étable de Bethléem, que tu voyais, quand lu" avais les yeui, dans la crèche de Noël, au couvent dus Camaidules.

— C'est encore comme sa mère, redisait-il en admirant et en pleurant, et cela continuait comme cela tous les soirs des dimanches.

— Ah ! c'étaient de bons moments, monsieur, et puis je lui répondais ensuite sur tout ce qu'il me demandait de mm pauvre et beau Hyeronimo, le vrai portrait en force de sa cousine en grâxie : comme quoi sa taille dépassait de la main la tête de la jeune fille, comme quoi ses cheveux moins bouclés étaient noirs comme les ailes de nos corneilles sur la première neige ; comme quoi son front était plus large et plus haut, ses joues plus pâles et plus bronzées par le soleil ; ses yeux aussi fendus, mais plus pensifs sous ses sourcils; sa bouche plus grave, quoique aussi douce ; son

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