CHAPITRE PREMIER
des amis du prince de Carignan , depuis le roi Charles- Albert.
lodépeDdamment du comte de Virieu, du marquis de Berrol, du marquis Atfieri et de son fils, avec lequel j'avais iXé élevé, je connaissais d'enfance presque toutes les illustres familles du Piémont: les Sambuy, les Ghilini, les Costa, pour avoir reçu avec eux une éducation commune chez les jésuites de Belley, dans ce collège soutenu par eux. Je quittai Turin comblé de leur accueil et je m'arrêtai peu à Florence.
£n arrivant à Rome, où je comptais m' arrêter moins de temps encore , j'appris la révolution qui venait d'éclater inopinément h Naples, et qui me força de suspendre mon voyage; la route de Rome k Naples était interceptée, on ne passait plus. J'attendis qu'elle fût matériellement rouverte, et, ne voulant pas exposer ma femme et ma belle-mère aux dangers inconnus d'une route couverte de soldats débandés et d'une capitale en révolution qu'on nous dépeignait comme sanglante; d'un autre côté, désirant me trouver k mon poste dans une circonstance éminemment intéressante pour la France et pour la maison de Bourbon, je partis seul pour Naples, au risque de ne pas arriver.
J'eus, en effet, beaucoup de peine à franchir la fronti^.re
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du royaume. Après Tcrracine , le chemin était couvert de postes de soldats volontaires qui ne recevaient d'ordre que de leur caprice, et qui, voyant en moi un agent diplomatique français, se figuraient que j'apportais à la révolution l'appui de la France contre la Sainte-Alliance, et m'accueillaient de leurs acclamations. Grâce h. cette erreur populaire, j'arrivai à Naples sans obstacle, la nuit du jour où les Calabrais, l'armée insurrectionnelle et le général Pepe, qui avait pris le rôle de Lafayette napolitain dans le pays' et dans l'armée , entraient dans cette capitale. Je fus témoin, le soir, de cette entrée séditieuse et triomphale de la révolution dans Naples. Celait beau, enivrant et menaçant comme une révolution k sa première heure.
Le vieux roi Ferdinand, pilote expérimenté et railleur, avait pris le parti d'abdiquer et de remettre le gouvernement à son fils, le prince héréditaire, plus propre que lui k se compromettre , soit avec les révolutionnaires , soit contre les puissances étrangères. Ce prince, encore jeune, mais habile et déjà expérimenté des révolutions, passait pour constitutionnel et pouvait, grâce à celte opinion, peut-être fausse, exercer un certain ascendant sur l'armée insurgée au nom d'une constitution, et sur le peuple encore royaliste. Il passa en revue l'armée et la bande des carbonari calabrais, que le générai Pepe lui présentait sous les armes, soit comme soutiens du trône transformé , soit comme expression de sa cour.
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CHAPITBE PREMIEa.
Le moment était délicat et décisif pour la diplomatie de la France. La question allait se poser entre le système constitutionnel et le régime absolu dans les États dMialie dépendant de l'influence de la maison de Bourbon. Au premier regard, il paraissait évident que l'intérêt de la France serait de se poser en médiatrice enlre tes rois et les peupfes, et d'empêcher les puissances étrangères d'intervenir, comme une haute police armée, à Naples, et bientôt à Turin, pour faire reculer le régime des institutions libres. La France elle-même ayant adopté le régime constitutionnel, il était peu logique à elle de combattre chez les autres ce qu'elle protégeait chez elle-même. Nous devions donc incliner modérément à la cause constitutionnelle à Naples , surtout'si cette cause , sincèrement acceptée par lo roi et patronnée par l'armée, se préservait des anarchies, des violences où même des excès qui déshonorent les révolutions au commencement.
D'un autre côté , cette révolution , ou plutôt cette explosion inattendue de l'armée, travaillée par la société secrète des carbonari, était un fait d'indiscipline militaire bien plutôt que d'opinion nationale. Calquée sur l'insurrection armée de Cadix et de Biego, en Espagne, clic était un en-
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couragemeni à loutes \es turbulences des ambitieux de régiment; eofin, si la Sainte-Alliance, cette mutualité des rois, prenait dans un congrès fait et cause pour le roi de Naples, il était bien embarrassant à nous, gouvernement restauré par la vertu et dans Tintérét de cette ligue de monarchies, de nous déclarer contre elle les soutiens d'une insurrection de troupes et de conspirateurs qui couvait peut-être jusque sous notre propre trdne, à Paris. Le bon sens d'un côté, la reconnaissance de l'autre, nous commandaient une extrême circonspection dans ces circonstances.
^'ambassade française h Naples était alors dirigée par le duc de Narbnnne, émigré rentré d'Angleterre avec le roi Louis XVIII, mais émigré formé à Londres aux usages du régime constitutionnel , complètement rallié à la Charte française, cette transaction habile et loyale entre 8d et 1 815, qui afTermissait les rois et qui coîntéressait les peuples libres à la monarchie populaire. C'était un homme modeste, timide, ayant peur du son de sa propre voix, mais plein de bon sens et d'aperçus justes, ud de ces hommes qui n'aiment pas & paraître en scène, mais qui ont, comme spectateurs , le sens le plus parfait des situations. Il joignait à ces dons renfermés de son &me une
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