‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 7 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

bonté exquise qui le faisait adorer de ses subordonnés. Il m'accueillit dans son ambassade comme dans une famille ; il eut pour ma femme et pour moi, pendant les quelques mois de notre séjour, des égards et des bontés qui noua roidront son souvenir éternellement respectable et cher.

Particulièrement attaché au roi Louis XVII) et tenant de lui sa place beaucoup plus que du ministère , il dépendait mcHns de M. Pasquier que de M. de Btacas. M. de Blacas, favori du roi , déplacé en 1 8 1 5 et relégué à Rome où il représentait la France conime ambassadeur, avait sur les légations de France en Italie une direction presque absolue, avouée par le roi et complètement opposée au ministère. Il était l'oracle secret de la monarchie absolue, oracle que nous avions l'ordre d'interroger dans tous les cas soudains et difficiles. Cet oracle contre-révolutionnaire, en passant par l'&me absolue de M. de Btacas, ne pouvait pas être favorable au tempérament que ta politique exigeait de nous. Le duc de Narbonne était forcé de le consulter, mais il n'approuvait pas ses réponses. II remit les afTaires à H. de Footenay, premier secrétaire d'ambassade, comme cela se fait ordinairement dans les circonstances équivoques , afin de pouvoir désavouer des hommes secondaires, et il resta de sa personne à Naples encore quelque temps, pour recevoir des instructions de Paris.

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H. de Fontenay était de mon pays, gentilhomme des environs d'Autun, amis de mes amis, beaucoup plus &gé et plus mûr que moi; il était entré dans la carrière diplomatique par l'influence de M. de Courtais de Pressigny, envoyé de France à Rome, immédiatement après la Restauration. C^était un des hommes tes plus solides, les plus capables sous l'apparence de Tancienno légèreté française. Mais sa légèreté n'était qu'une qualité et nullement un défaut de son esprit. Son sourire bienveillant donnait de la gr&ce au sérieux de ses pensées, et ses mots 0ns et à. deux sens portaient d'eux-mêmes et touchaient avec justesse à leur double but , comme deux traits partis à la fois d'un même arc : l'un pour fùre sourire, l'autre pour faire penser. Il avait par-dessus tout un cœur d'or, pur, solide et franc comme le caractère de la Bourgogne, un peu railleur, mais jamais mordant. La jalousie n'avait jamais approché de ce cœur. Il jouissait du bonheur de faire valoir ses inférieurs et ses égaux. Tel était l'homme avec lequel j'avsàs à faire mon noviciat diplomatique dans une circonstance où Ton apprenait beaucoup en peu de temps. Les arévolutions suppléent au temps en concentrant beaucoup d'événements dans quelques mois. Les campagnes comp-

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