‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 62 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Bonvisi, légitimes propri^aires du reste, se réservant, lesdits bériliers, de reveodiquer contre vous, quand ils te jageront opportun, leur part arriérée de jouissance des fruits dudit domaine, injustement retenus par vous et vos ascendants depuis l'année 1 694.

Si les murs de la maison et le cbfttaignier qui la couvre s'étaient tout k coup écroulés sur nos têtes, nous n'aurions pas été plus atterrés que nous ne fûmes à la lecture de cette sommation, de rendre les trois quarts de notre domaine; c'est comme si on nous avait demandé les trois quarts de notre vie à tous les quatre.

— ' Qu'avez-vous à dire? nous demanda froidement, la plume en main et le papier sur le genou, l'homme de loi.

Nous nous regardâmes tous les quatre sans rien répondre; que pouvions-nous répondre, monsieur? noua étions nés Ik comme le figuier, la vigne et les chèvres, sans savoir qui nous avait semés. Il n'y avait jamais eu, de père en fils, d'oncle en neveu, dans la famille, ni titre de propriété, ni division, ni partage ; nous croyions que le domaine était k nous comme la terre est aux racines du ch&talgnier qui nous avait vus naître , ombragés et nourris

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138 PIOR D'ALIZA.

depni." le premier jour ; l'habitude de vivre et de mourir là

était notre seul acte de propriété.

Notis baissâmes la tête et nous dîmes & l'homme de loi qui venait nous tetraucher tes trois quarts du bien :

— Puisque les juges de Lucques, qui sont si savants, le disent, il faut bien que cela soit vrai. Nous ne voulons pas garder le bien d' autrui, n'est-ce pas ? Faites donc de nous ce que vous voudrez ; partagez le bien et les bêtes, pourvu qu'on nous laisse la cabane et le châtaignier, dont les racines sont dessous et dont tes branches tombent sur le toit, et un chevreau sur trois, et mon pauvre chien qui les garde et qui me conduit quand je monte h la messe les dimanches ; et nus deux enfants, qui sont bien à nous, puisque c'est nous qui les avons nourris et élevés, et qu'ils s'aiment bien et qu'ils nous aident comme nous les avons aidés dans leur enfance. Nous vivrons de peu, mais nous vivrons encore. Qu'il soit fait selon ce papier, et le bon Dieu pour tous!

— Eh bien I dit l'homme de loi, puisque vous n'en appelez qu'au bon Dieu, on vous enverra demain deux commissaires au partage qui limiteront votre quart d'avec les trois quarts revenant par le jugement aux Bardide Bd- Sguardo; j'oubliais dé vous dire que, par un autre papier

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