‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 63 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

qae voici, les Bardi, vos parents, ont vendu leurs droits sur l'héritage Sl GugHamo Frederici, capitaine des sbires de la ville et du duché de Lucques ; c'est un brave homme avec qui vous pourriez vous accommoder et qui pourra, par charité, vous laisser te choix du quart du domaine qu'il vous conviendra de garder & vous, en réservant de faire va> loir ses droits sur les intérêts accumulés, depuis que vous jouissez indûment de la totalité des revenus. Qui sait même si tout ne pourra pas s'arranger, entre lui et vous, de bonne amttié? l'homme est puissant et riche, et si vous y mettez de la complaisance, il n'y mettra peut-être pas de rigueur. » Là-dessus il nous remit les deux papiers, nous salua poliment et redescendit & Lucques.

Nous restâmes muets et pétrifiés sur le seuil, comme les roches qui pleurent au bord de la caverne.

— Pourvu qu'ils nous laissent le châtaignier, les sept figuiers et les ceps de v^ne dont nous faisons sécher les grappes, les figu«s et tes châtaignes pour l'hiver 1 dis-je à . ma belle-sœur.

— Pourvu qu'ils nous laissent les chevreaux et leur mère que j'ai élevés, et dont te lait et les fromages nous nourrissent \ leur tour! dit-elle.

zed.yGOOg[e

140 PIOR D'A LIZA.

— Pourvu qu'ils nous laissent la Tontaine, avec le bassio à l'ombre de la grotte, où je me vois dans l'eau en me baignant les pieds et en filant ma quenouille, comme une sainte Catherine dans un ciel d'église, quand je garde les brebis paissant sur le bord !

— Pourvu qu'ils nous laissent le chien de mou père pour me remplacer auprès de lui quand il sort en lâlant le terrain avec son bâlon autour de la maison, je suis CODtent, dit Hyeronimo. J'irai m' engager tous les étés dans les bandes de moissonneurs de la campagne de Sienne, et peut-être de Rome ; je travaillerai pour nous quatre, comme quatre ; le soir, pendant que les autres se reposeront, je jouerai de la zampogna pour les pèlerins ou les pèlerines des saintes du pays ; ou bien je ferai danser dans les noces des riches métairies de la plaine de Terracine, et je rapporterai bien assez de froment ou assez de baloques (monnaie du pays] pour vous nourrir et vous chauffer le reste de l'année.

— Est-ce que nous avons, besoin de nous quitter pour bien vivre? reprit Fior d'Aliza toute pâle ( à ce que dit sa mère), comme si son cœur s'était arrêté de battre dans sa poitrine. Est-ce que la farine de châtaignes, quand je l'ai bio) passée au (amis, bien séchée, bien pétrie avec de la crème de clièvre et bien cuite en galette dans la cendre entre deux feuilles de ch&taigniert n'est pas aussi bonne que le pain ou la polenta (galette de mids dont se nourrissent les paysans d'Italie)? Est-ce que le bols mort dans les bois

zed.yGOOg[e

Page 1