CHAPITRE QUATRIÈME
adieu dans sa. pensée ; Magdalena, dans la plantation des mûriers dont les feuilles ne gonfleraient plus son tablier pour les rapporter èi ses petites bêles fileuses comme elle ; moi, sous le châtaignier qu'on nous avait coupé en quatre sur le papier, dont nous n'aurions plus que l'ombre d'un côté, et ce que l'automne fait tomber par charité sur notre herbe, et dont je n'aurais pas même une branche en toute propriété, à moi, pour m'y tailler une bière !
I..es bêtes ne comprenaient pas pourquoi nous les retenions & côté de nous par les cornes ou par la laine, et pourquoi nous les empêchions de s'aller repaître, comme & l'ordinaire, dans le bois, dans l'herbe, sous les mûriers, dans les allées gftzonnées de la vigne.
Après avoir bien regardé, bien soupiré et bien sangloté devant chacun de ces morceaux du domaine, qui étaient aussi des morceaux de notre pauvre vie, nous rentrâmes en silence dans le petit espace presque inculte qui nous était réservé, nous attachâmes les bétes dans la cour herbeuse, à la porte de t'étable. Fior d' Aliza alla ramasser des herbes le long des sentiers qui n'appartiennent h personne; Hyeroninao alla ramasser des branches et des fagots de feuilles
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dans les rejets de ch&taigniera, sur les hautes montagnes
du couvent, abandonnées aux daims et aux chevreuils.
Les deux enfants revinrent bientôt, chargés de plus d'herbes et de feuilles qu'il n'en fallait pourlescinq brebis et les trois chèvres ; mais la liberté manquait aux pauvres bêtes : elles nous regardaient et semblaient nous demander de l'œil pourquoi nous ne les laissions plus brouter et bondir à leur fantaisie dans le ravin et sur le rocher. Il fallut même aller leur chercher h boire comme & des personnes. Fior d'Aliza et Hyeronimo commencèrent è. tracer, en descendant et en remontant, leur sentier étroit vers la source, dont le pré, la grotte et le bassin leur appartenaient tout entiers la veille.
Ce fut ainsi, monsieur, que notre vie se replia tout à coup comme un mouchoir qu'on aurait déchiré dans une pièce de toile. Nous eûmes bien de là peine & nous y faire les premiers temps, et nos pauvres bêtes bien plus encore ; elles s'échappaient bien souvent de l'étable, de la cour, de la corde, des mains même de Fior d'Aliza, pour courir dans le ravin, dans les mûriers, même dans la vigne.
Quand le fattore (le chef des métayers du capitaine des sbires) montait h la montagne, il y avait toujours quelques pampres traînant rongés par les chèvres dans les ceps, ou
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