CHAPITRE QUATRIÈME
quelques maïs égrenés sur le champ, ou quelques branches pendantes des mûriers, efleuillés par les cabris.
n nous injuriait quelquefois et nous menaçait toujours de faire tuer les bêles si Ton venait à les surprendre hors de nos limites. Que pouvions-nous faire, que demander excuse et qu'offrir de réparer le dommage b, nos dépens? Nous recommandions bien à Fior d'Aliza de tenir de près ses chevreaux et de ne pas quitter de l'œil les animaux. Hais comme elle avait rencontré deux ou trois fois le capitaine des sbires qui cherchait à l'approcher, qui lui avait pris le menton et qui avait voulu l'embrasser sur ses cheveux, en lui demandant si elle voudrait bien devenirsa femme quand elle aurait ses seize ans; et comme, malgré les honnêtetés de cet homme, elle en avait peur et répugnance, & cause de Hyeronimo et de nous, qu'elle ne voulait jamais quitter des yeux ou du cœur, la petite n'aimait pas à rester toute seule loin de Hyeronimo et de nous ; c'est ce qui fait que les bétes étaient bien moins gardées.
Quant à Hyeronimo, quand on lui parlait seulement du capitaine des sbires, il devenait pftle de colère comme le papier, et sa voix grondait en prononçant son nom, comme une eau qui bout dans la marmite de fer sur notre foyer ; pourtant, il ne lui souhaitait point de mat ; il était trop doux pour en faire à un enfant ; mais il voyait bien, sans que rien fût dit sur ce sujet entre nous, que cet homme puissant voulait nous enlever par caresse, par astuce ou par violence plus que le pré, la vigne, les mûriers ou notre
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part du châtaignier : c'est peut-être cela, monsieur, qui
lui fit comprendre qu'il aimait plus que d'amitié sa cou-
une, et c'est peut-être aussi la peur du sbire qui apprit
après h Fiord'Aliza combien Hyeronimo lui était plus qu'un
frère.
Que voulez-vous, monsieur ? le chagrin mûrit le cœur avant la saison ; quand le ver pique te fruit et que le vent . secoue la branche, le fruit véreux tombe de lui-même ; ils ne savaient pas ce que c'était que de s'aimer, mais la peur de se perdre faisait qu'ils ne pouvaient pas plus se séparer en idée que deux agneaux nés de la même mère et qui ont sucé leur vie au même pis et à la même crèche.
Ce fut bien le. le malheur ; cea enfants s'aimaient trop pour que la lîlle devint une grande dame de Lucques, et pour que le garçon fit une autre fortune que dans le cœur d'une fille des châtaigniers.
— Notre malheur I s'écria la belle sposa, en se jetant d'un bond sur le berceau de son enfant, en l'élevant dans ses deux beaux bras nus jusqu'au-dessus de sa tête, et en collant ensuite son charmant visage sur la bouche souriante de son nourrisson ; notre malheur I Ah I si Hyeronimo vous entendait comme je vous entends, père!.... Et elle lui fit une délicieuse moue avec les lèvres.
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