‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 71 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Elle se rassit et se remit à remuer du pied le berceau du petit, toute rêveuse et toute rouge d'avoir laissé échapper ce cri de deux amours dans une seule voix.

— Eh bien 1 vous allez voir ce que nous eûmes h souffrir, ces pauvres innocents et nous, continua l'aveugle.

L'automne approchait, les grappes de la treille devant la porte et celles des pampres qui enlaçaient la maison et le toit comme le filet du pécheur enlace l'eau dans ses mailles, commençaient h. rougir et à sucrer les doigts de Fior d'Aliza. Elle en cueillait çà et \k une graine en passant sous les feuilles; nous nous promettions une riche vendange pour la fin de l'automne, des raisins à sécher sur la paille et uue petite jarre de vin sucré pour les fêtes de Noël et du jour de l'an dans le cellier.

Tout à coup Hyeronimo s'aperçut que les feuilles de la vigne jaunissaient et rougissaient comme des joues de rosJade, avant que les raisins eussent achevé de rougir ; que les branches se détachaient des murs comme des moins qui ne se retienn^t plus par les ongles à la corniche, et que les grappes, elles-mêmes mortes, commençaient h. se rider avant d'être pleines, et ne prenaient plus ni suc ni couleur dans les sarments détendus.

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156 FIOR DALIZA.

— Ociell dit-il, la vigne e§t malade; les passereaux eux-mêmes ne becquètent plus les grappes, tant elles sont àprcs; une /un? a passé parla.

— Allons voir, dirent ensemble les enrants, si la vigne, dans le champ, a pâli et séché sous la même lune.

Ils y coururent et ils revinrent en pleurant, comme Adam et Eve qui sont en peinture I^-haut aux Camaldules, quand ils virent pour la première fois mourir quoi? un homme? un animal? un insecte? non, une Teuilte!... quelque chose qui frémissait, mon bon Seigneur!..,

La vigne, notre vigne à nous, n'était pas malade, elle étajt morte, morte pour toujours; morte comme si elle n'avait jamais vécu. Ces belles larges feuilles qui étaient bien à nous, puisque leurs pampres nous avaient chercbés de si loin pour s'accrocher à nos tuiles sur le toit et h nos piliers de pierre devant la porte, et jusqu'aux lucarnes de la chambre haute de Fior d'Aliza, où elles se glissaient par les fentes du volet; ces beaux sarments serpentant qui faisaient notre ombre l'été, notre gaieté l'automne, notre joie sur la table l'hiver, nous caressaient pour la dernière fois comme un chien qui meurt en vous léchant les piads; morts non pas pour tout le monde, monsieur, mais morts pour nous.

Une belle nuit, sans que nous nous en fussions doutés, le fattore (le métayer) du sbire propriétaire, prétendant que la sève, en montant jusqu'à notre cat}ane, appauvrissait la vigne-mère et stérilisait les ceps d'en bas, avait

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