‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 9 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cueillie dans la même lie, et en revoyant de loin sur Procida les ruines de la cabane de son père, abandonnée aux ronces depuis la mort de la jeune fille, et marquant l'horizon d'une borne funèbre dans le passé , comme il devait l'être si souvent dans mon avenir. Hais la jeunesse a des végétations qui recouvrent tout, même les tombes.

Nous passons la matinée sous les longues et hautes treilles chargées de raisins mûrs, comme d'autant de lustres - d'ambre qui laissaient les rayons de l'aurore transluire, à travers leurs grains jaunis, sur nos têtes. Nous y portions des livres italiens de la grande époque lyrique ou épique, tels que Dante, Pétrarque, Tasse, ces hommes qui ont doté l'Italie de chefs-d'œuvre. Quelquefois, j'y portais mon album et des crayons ; moi-même, Pétrarque inférieur pour une autre terre et un autre temps, j'écrivais quelque harmonie ou quelques méditations.

A midi, nous rentrions pour déjeuner à l'ombre plus fraîche des terrasses de la Sentinella, puis la sieste oapolitaine, la musique* la peinture, abrégaïent les heures du milieu du jour ; quand le soleil baissait et que les grandes ombres dentelées de TEpoméo se déroulaient sur les flancs de la montagne, nous parcourions, tantôt à pied, tantôt

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sur des tnules aux pieds agiles, les sentiers escarpés de rite, en contemplant les feux souterrains du Vésuve briller à l'horizon comme un phare tournant, tantôt visible, tantôt flamboyant sur les bords des mers aux yeux des matelots.

Ainsi se passa l'été. Je ne retrouvais la politique que les jours de la semaine où mes fonctions me ramenaient à runbassade. Je prenais une part très-vive et très-confidentielle aux différentes phases et aux différents orages que cette révolution suscitait dans le peuple, dans le parlement et dans le palais. Ce fut là que j'eus l'occasion de voir et d'admirer, suspendue au bras de sa mère, cette ravissante princesse Christine, dans toute la Heur de beauté et d'intelligence, que son sort destinait pour épouse au roi d'Espagne, Ferdinand VII, et qui a su, au milieu, des tempêtes, plaire, gouverner, transmettre un trâne à sa fille, régner, tomber, ou plutôt se retirer du trône, plus heureuse et plus habile que Christine de Suède, dans le demi-jour d'une existence à l'abri des coups de vent. On distinguait déjà dans sa gracieuse et spirituelle physionomie les signes d'une femme courageuse qui saurait faire de |a jeunesse, de la beauté et de l'attrait trois pouvoirs politiques aussi irrésistibles que la nature. Elle flottait sur les ondulations

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