‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 95 sur 186 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

des Abruzzes, qu'on écoute au pied des croix et des niches des villages, et à qui on ne demande pas d'où il vient.

Ma lante et mon père vous diront que nous nous étions appris dès notre tendre &ge, Hyeronimo et moi, à jouer aussi bien l'un que l'autre de cet instrument, et que mes doigts connaissaient les trous du chalumeau aussi bien que les doigis de l'organiste des Camaldules connaissent, sans qu'il les regarde, les touches obéissantes de son orgue.

Je m'étais dit en moi-même, en m'habillant : Prends aussi la zampogne, cela te servira de contenance, de gagnepain, de passe-port, et, qui sait, peut-être de salut, à la recherche de Hyeronimo dans la ville; car le son, c'est plus pénétrant encore que les yeux, cela perce les murs, et si je ne puis pas le voir, par hasard, il pourra m'entcndre!

EnRn, ce fut une inspiration de quelqu'un de ces chérubins qu'on voit jouer de leurs harpes dans les voûtes peintes du dôme des églises, sans doute, preuve que le ciel même se platt à la musique des pifferari, qui joue le mieux la prière de leurs cœurs, des pauvres vieillards ou des pauvres enfants, sur leurs instruments.

Ainsi travestie, je poussai doucement la porte au crépuscule du matin, espérant que mon père et ma tante, éloignés du seuil de la maison ou endormis dans les larmes, ne s'apercevraient pas de mon dessein.

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FIOR DALIZA.

Mais ils ne dormaient pas, et ils étaient asns en silence, h. la claire lueur des étoiles, sur le banc qui touche h la porto.

Le bruit du loquet fît tourner la téta & ma tante; elle me reconnut et poussa un cri de surprise et de désespoir, qui fît jeter, sans savoir de quoi, le même cri d'horreur à mon père aveugle.

Elle lui dit que je me sauvais, et dans quels habits I

lia se jeti^rent tous les deux, les bras étendus, entre U porte et le chemin pour me retenir; je tombais évanouie entre lenrs bras.

Ils me reportèrent ensemble sur mon lit dans la cabane ; et quand ma tante vit mes beaux longs cheveux coupés comme une toison d'agneau, jetés sous ses pieds au bord du lit, elle jeta de tels cris qu'ils réveillèrent les corneilles sur les branches du châtaignier.

Elle (lit tout à mon père :

— Folle enfiinti s'écrièrent-ils d'une même voix, et que prétcndais-tu faire en te détruisant ainsi et en te sauvant tu ne saispasoù? Et, en abandonnant ton père etta,tante, sais-tu seulement où les sbires ont emmené ton cousin ? et pour un enfant que nous avons perdu, veux-tu nous Taire perdre encore le seul enfant que Dieu nous laisse?

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