‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 94 sur 186 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

mes sandales pailletées qui me couvraient à peine les ongles des doigte, j'eus peur, et je me dis : Que vas-tu faire ? On te ramassera h. la porte de la ville ou dans la boue des rues comme une balayure de fille, et l'on te jettera dans un égout de Lucques pour y pourrir avec celles qui ont vendu leur honneur, età quoi lui serviras-tu alors, soit pour la vie, soit pour la mort? Tu auras déshonoré son nom et celui de ta mère, voilèi toull

Mon Dieu I que faire? Et je me misa pleurer et h prier Dieu en retombant, la tête sur mon lit, noyée dans mes larmes.

En la relevant pour me renverser en arrière, dans mon désespoir, voili qu'une idée me frappe le front, comme une chauve-souris quand la lumière de ta lampe l'éveille et lui fait frôler les ailes conb-e mes cheveux.

Sans délibérer seulement une minute, j'arrache de mon corps tes habits de femme, j'ôte mes bras de mes manches, mes pieds de mes sandales, je prends au clou de la cheminée les grands ciseaux avec lesquels nous tondions la laine de nos montons au printemps, quand nous avions encore notre petit troupeau il l'étable. Je me coupe les cheveux sur . les tempes, sur le front, surle cou jusqu'à la racine, et j'en

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jette les poignées sur mon lit ; le coffre où ma tante conservait les habits, les guêtres, les souliers, le chapeau, la zampogne de son pauvre jeune mari défunt, me frappe les yeux au pied du lit de Magdatena ; je l'ouvre, j'en tire convulsivement toutes ces bardes presque neuves : la chemise de toile écrue, avec la boucle de laiton à épingle qui la resserre comme un collier au-dessus de la poitrine ; les larges chausses de velours qui se nouent avec des boulons de corne au-dessous du genou ; la veste courte à boulons de cuivre, les souliers à clous, les longues et fortes guêtres de cuir qui en recouvrent les boucles et qui montent jusqueaudesBus des genoux ; le chapeau de Galabre, au lai^ rebord, retombant sur les yeux, à la tète pointue, avec sa ganse de ruban noir et ses médailles de la madone de Hontenero, qui pendent et qui tintent autour la ganse. En un moment, je fut revêtue de tout cet habillement, tantdt un peu trop court, tantôt un peu trop large pour ma taille ; mes mains, adroites et promptes comme la fièvre qui me battait dans les tempes, les ajustèrent si vite et si bien sur mes épaules, à ma ceinture, h mes jambes, à' ma tête, à mes pieds, qu'on aurait dit que je n'en avais jamais revêtu d'autres, et qu'ils avaient été taillé pour mou

Puis, prenant au fond du coffre la zampogne qui dormait silencieuse depuis sept hivers, dégonflée et vide, auprès des habits de son maltre,j*eo passai ta courroie autour de mon cou et je la pressai du coude sous mon bras gauche, dé manière à ressembler trait pour trait à un jeune p/)^erfln>

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