‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 131 sur 295 · LIVRE IV. - CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - CHAPITRE II

vait fait encore, celles que Ton avait déjà soumises au calcul, je vis tous les phénomènes observés dans le mouvement de ces deux planètes s'adapter d'eux-mêmes à la théorie; ils semblaient auparavant faire exception à la loi de la pesanteur universelle, et maintenant, ils en sont une des preuves les plus frappantes. Tel a été le sort de cette brillante découverte de Newton, que chaque difficulté qui s'est élevée a été pour elle le sujet d'un nouveau triomphe, ce qui est le plus sûr caractère du vrai système de la nature. Les formules auxquelles je suis parvenu pour représenter les mouvements de Jupiter et de Saturne satisfont avec une précision remarquable aux oppositions de ces deux planètes, observées par les plus habiles astronomes, au moyen des meilleures lunettes méridiennes et des plus grands quarts de cercle; l'erreur n'a jamais atteint 4o'', et il n'y a pas vingt ans que les erreurs des meilleures Tables surpassaient quelquefois 4000"". Ces formules représentent encore, avec l'exactitude des observa^ tions mêmes, les observations de Flamsteed, celles des Arabes et les observations citées par Ptolémée. Cette grande précision, avec laquelle les deux plus grosses planètes de notre système planétaire ont obéi depuis les temps les plus reculés aux lois de leur attraction mutuelle, prouve la stabilité de ce système, puisque Saturne, dont l'attraction par le Soleil est environ cent fois moindre que l'attraction de la Terre par le même astre, n'a cependant éprouvé, depuis Hipparque jusqu'à nous, aucune action sensible de la part des causes étrangères.

Je ne puis m'empécher ici de comparer les effets réels du rapport qui existe entre les moyens mouvements de Jupiter et de Saturne avec ceux que l'Astrologie lui avait attribués. En vertu de ce rapport, les conjonctions mutuelles de ces deux planètes se renouvellent dans l'intervalle d'environ vingt années ; mais le point du ciel où elles arrivent rétrograde à peu près d'un tiers du zodiaque, en sorte que, si la conjonction arrive dans le premier point d'Ariès, elle aura lieu vingt ans après dans le signe du Sagittaire ; vingt ans encore après, elle arrivera dans le signe du Lion, pour revenir ensuite au signe du Bélier à 10^ de distance de sa position primitive. Elle continuera ainsi d'à-

voir lieu dans ces trois signes pendant près de deux cents ans; ensuite elle parcourra de la même manière, dans les deux cents années suivantes, les trois signes du Taureau, du Capricorne et de la Vierge; elle emploiera pareillement deux siècles à parcourir les signes des Gémeaux, du Verseau et de la Balance; enfin dans les deux siècles suivants, elle parcourra les signes de TÉcrevisse, des Poissons et du Scorpion, pour recommencer après dans le signe d'Ariès. De là se compose une grande année dont chaque saison a deux siècles. On attribuait une température différente à ces diverses saisons ainsi qu'aux signes qui leur répondent; l'ensemble de ces trois signes se nommait tiigone : le premier trigone était celui du feu; le second, celui de la terre; le troisième, celui de l'air, et le quatrième, celui de l'eau. On conçoit que l'Astrologie a dû faire un grand usage de ces trigones, que Kepler lui-même a expliqués avec beaucoup de détail dans plusieurs Ouvrages. Mais il est remarquable que la saine Astronomie, en faisant disparaître cette influence imaginaire du rapport qu'ont entre eux les moyens mouvements de Jupiter et de Saturne, ait reconnu dans ce rapport la source des grandes perturbations du système planétaire.

La planète Uranus, quoique récemment découverte, offre déjà des indices incontestables des perturbations qu'elle éprouve de la part de Jupiter et de Saturne. Les lois du mouvement elliptique ne satisfont point exactement à ses positions observées, et pour les représenter, il faut avoir égard à ses perturbations. Leur théorie, par un accord singulier, la place dans les années 1769, 1756 et 1690, aux mêmes points du ciel où Le Monnier, Mayer et Flamsteed avaient déterminé la position de trois petites étoiles que l'on ne retrouve plus aujourd'hui, ce qui ne laisse aucun doute sur l'identité de ces astres avec Uranus.

Les petites planètes que l'on vient de découvrir sont assujetties à de très grandes inégalités, qui répandront un nouveau jour sur la théorie des attractions célestes et donneront lieu de la perfectionner; mais il n'a pas encore été possible de reconnaître ces inégalités par

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