‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 15 sur 295 · LIVRE I. - CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. - CHAPITRE III

des astronomes. L'équinoxe du printemps, époque de la renaissance de la nature, semble devoir être pareillement celle du renouvellement de Tannée; mais il est aussi naturel de la faire commencer au solstice d'hiver, que l'antiquité célébra comme l'époque de la renaissance du Soleil, et qui sous le pôle est le milieu de la grande nuit de l'année.

Si l'année civile était constamment de 365 jours, son commencement anticiperait sans cesse sur celui de la véritable année tropique, et il parcourrait en rétrogradant tes diverses saisons, dans une période d'environ i5o8 ans. Mais cette année, qui fut autrefois en usage dans l'Egypte, ôte au calendrier l'avantage d'attacher les mois et les fêtes aux mêmes saisons, et d'en faire des époques remarquables pour l'agriculture. On conserverait cet avantage, précieux aux habitants des campagnes, en considérant l'origine de l'année comme un phénomène astronomique que l'on fixerait, par le calcul, au minuit qui précède le solstice ou l'équinoxe, et c'est ce que l'on a fait en France à la fin du dernier siècle. Mais alors, les années bissextiles ou de 366 jours s'intercalant suivant une loi très compliquée, il serait difficile de décomposer en jours un nombre quelconque d'années, ce qui répandrait de la confusion sur l'histoire et sur la chronologie. D'ailleurs l'origine de Tannée, que Ton a toujours besoin de connaître d'avance, deviendrait incertaine et arbitraire, lorsqu'elle approcherait de minuit d'une quantité moindre que Terreur des tables solaires. Enfin, Tordre des bissextiles changerait avec les méridiens, ce qui formerait un obstacle à l'adoption si désirable d'un même calendrier par les différents peuples. En voyant, en effet, chaque peuple compter de son principal observatoire les longitudes géographiques, peut-on croire qu'ils s'accorderont tous à faire dépendre d'un même méridien le commencement de leur année? Il faut donc abandonner ici la nature, et recourir à un mode d'intercalation artificiel, mais régulier et commode. Le plus simple de tous est celui que Jules César introduisit dans le calendrier romain, et qui consiste à intercaler une bissextile tous les quatre ans. Mais si la courte durée de la vie suffit pour écarter sensiblement l'origine des années égyptiennes du solstice ou de l'équinoxe, il ne faut qu'un petit

aO EXPOSITION DU SYSTÈME DU MONDE.

nombre de siècles pour opérer le même déplacement dans l'origine des années juliennes, ce qui rend indispensable une intercalation plus composée. Dans le xi* siècle, les Perses en adoptèrent une, remarquable par son exactitude. Elle se réduit à rendre la quatrième année bissextile sept fois de suite, et à ne faire ce changement, la huitième fuis, qu*a la cinquième année. Cela suppose la longueur de Tannée tropique, de 365*^, plus grande seulement de o',oooi823 que Tannée déterminée par les observations, en sorte qu'il faudrait un grand nombre de siècles pour déplacer sensiblement Torigine de Tannée civile. Le mode d'intercalation du calendrier grégorien est un peu moins exact; mais il donne plus de facilité pour réduire en jours les années et les siècles, ce qui est Tun des principaux objets du calendrier. Il consister intercaler une bissextile tous les quatre ans, en supprimant la bissextile de la fin de chaque siècle pour la rétablir à la fin du quatrième siècle. La longueur de Tannée que cela suppose est de 365J;^ ou de 365^,242000, plus grande que la véritable de o^,ooo258i. Mais si, en suivant Tanalogie de ce mode d*intercalation, on supprime encore une bissextile tous les quatre mille ans, ce qui les réduit à 969 dans cet intervalle, la longueur de Tannée sera de 365*^*^ ou de 36^, 2423300, ce qui approche tellement de la longueur de 365,2422419* déterminée par les observations, que Ton peut négliger la différence, vu la petite inrertitude que les observations elles-mêmes laissent sur la >Taie lonjîueur de Tannée, qui d'ailleurs n'est pas rigoureusement constante.

La division de Tannée en douze mois est fort ancienne et presque universelle. Quelques peuples ont supposé les mois égaux et de trente jours, et ils ont complété Tannée, par Taddition d\in nombre suffisant «le jours complémentaires. D'autres peuples ont embrassé Tannée entière dans les douze mois, en les rendant iné<:aux. Le svstènie des mois lie trente jours conduit naturellement à leur division en trois (/àadt's. Cette période donne la facilité de retrouver à chaque instant le quantième du mois. Mais à la fin de Tannée, les jours complémentaires troublent Tordre de choses attaché aux divers jours de la décade, ce (|ui nécessite alors des mesures administratives embarrassantes. On

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