‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 160 sur 295 · LIVRE IV. - CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - CHAPITRE VIIL

sure des degrés du méridien. Les diverses mesures que Ton a faites, comparées deux à deux, donnent des ellipticités sensiblement différentes, en sorte que la variation des degrés ne suit pas aussi exac^ tement que celle de la pesanteur la loi du carré du sinus de la latitude. Cela tient aux secondes différentielles du rayon terrestre, que renfer* ment les expressions des degrés du méridien et du rayon osculateur, tandis que l'expression de la pesanteur ne contient que les premières différentielles de ce rayon, dont les petits écarts d'un rayon elliptique s'accroissent par les différentiations successives. Mais si Ton compare des degrés éloignés, tels que ceux de France et de l'équateur, leurs anomalies doivent être peu sensibles sur leur différence, et l'on trouve par cette comparaison l'ellipticité du sphéroïde terrestre égale à ^.

Mais un moyen plus précis d'avoir cette ellipticité consiste, comme on l'a vu précédemment, à comparer avec un grand nombre d'observations les deux inégalités lunaires dues à l'aplatissement de la Terre, l'une en longitude, et l'autre en latitude. Elles s'accordent à donner l'aplatissement du sphéroïde terrestre à très peu près égal à j^, et, ce qui est digne de remarque, chacune des deux inégalités conduit à ce résultat qui, comme on voit, diffère très peu de celui que donne la comparaison des degrés de France et de l'équateur.

La densité de la mer n'étant qu'un cinquième, à peu près, de la densité moyenne de la Terre, ce fluide doit avoir peu d'influence sur les variations des degrés et de la pesanteur et sur les deux inégalités lunaires dont je viens de parler. Son influence est encore diminuée par la petitesse de sa profondeur moyenne, que l'on prouve ainsi. En concevant le sphéroïde terrestre dépouillé de l'Océan, et supposant que dans cet état sa surface devienne fluide et soit en équilibre, on aura son ellipticité en retranchant de cinq fois la moitié du rapport de la force centrifuge à la pesanteur à l'équateur le coefficient que les expériences donnent au carré du sinus de la latitude dans l'expression de la longueur du pendule a secondes, cette longueur à l'équateur étant prise pour l'unité. On trouve par là j^j^ pour l'aplatissement du sphéroïde terrestre, en négligeant la petite influence de l'action de la mer sur la

variation de la pesanteur. Le peu de diiTérence de cet aplatissement à ceux que donnent les mesures des degrés terrestres et les inégalités lunaires prouve que la surface de ce sphéroïde serait à fort peu près celle de l'équilibre, si elle devenait fluide. De là et de ce que la mer laisse à découvert de vastes continents, on conclut qu'elle doit être peu profonde, et que sa profondeur moyenne est du même ordre que la hau* teur movenne des continents et des iles au-dessus de son niveau, hauteur qui ne surpasse pas looo™. Cette profondeur est donc une petite fraction de Texcës du rayon de l'équateur sur celui du pôle, excès qui surpasse 20000*°. Mais de même que de hautes montagnes recouvrent quelques parties des continents, de même il peut y avoir de grandes cavités dans le bassin des mers. Cependant, il est naturel de penser que leur profondeur est plus petite que l'élévation des hautes montagnes, les dépôts des fleuves et les dépouilles des animaux marins entraînés par les courants devant remplir à la longue ces cavités.

Ce résultat est important pour l'Histoire naturelle et pour la Géologie. Un ne peut douter que la mer n'ait recouvert une grande partie de nos continents, sur lesquels elle a laissé des traces incontestables de son séjour. Les aflaissements successifs des iles d'alors et d'une partie des continents, suivis d'aflaissements étendus du bassin des mers qui ont découvert les parties précédemment submergées, paraissent indiqués par les divers phénomènes que la surface et les couches des continents actuels nous présentent. Pour expliquer ces aflaissements, il suffit de supposer plus d'énergie à des causes semblables à celles qui ont produit les aflaissements dont l'histoire a conservé le souvenir. L'aflaissement d'une partie du bassin de la mer en découvre une autre partie, d'autant plus étendue que la mer est moins profonde. Ainsi de vastes continents ont pu sortir de l'Océan sans de grands changements dans la figure du sphéroïde terrestre. La propriété dont jouit cette figure, de différer peu de celle que prendrait sa surface en devenant fluide, exige que l'abaissement du niveau de la mer n'ait été qu'une petite fraction de la différence des deux axes du pôle et de l'équateur. Toute hypothèse fondée sur un déplacement considérable des pôles à la surface de la

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