LIVRE IV. - CHAPITRE XIII. 3î
de 47^3 observations, la méthode dont je viens de parler fait voir que, pour leur donner une probabilité suffisante et pour obtenir avec exactitude un aussi petit élément que le flux lunaire atmosphérique, il faut employer au moins 4oooo observations. L'un des principaux avantages de cette méthode est de faire connaître jusqu'à quel point on doit multiplier les observations pour qu'il ne reste aucun doute raisonnable sur leurs résultats.
Il résulte de la loi des anomalies de la variation diurne du baromètre à laquelle je suis parvenu qu'il y a une probabilité égale à -| ou de un contre un que la variation diurne de 9 heures à 3 heures du soir sera constamment positive par le résultat moyen de chaque mois de 3o jours pendant 75 mois consécutifs. J'ai prié M Bouvard d'examiner si cela est arrivé pour chacun des 72 mois des six années écoulées depuis le i*"" janvier 1817 jusqu'au i" janvier 1S2X et d'où il a conclu la variation diurne moyenne égale à o™™,8oi. Il a trouvé le résultat le plus probable, savoir, que la variation moyenne de chaque mois a toujours été positive.
Quelle est sur le flux lunaire l'influence respective des trois causes du flux atmosphérique que j'ai citées? Il est difficile de répondre à cette question. Cependant le peu de densité de la mer, par rapport à la moyenne densité de la Terre, ne permet pas d'attribuer un efl*et sensible au changement périodique de sa figure. Sans les circonstances accessoires, l'eflet direct de l'action de la Lune serait insensible sous nos latitudes. Ces circonstances ont, il est vrai, une grande influence sur la hauteur des marées dans nos ports; mais le fluide atmosphérique étant répandu autour de la Terre beaucoup moins irrégulièrement que la mer, leur influence sur le flux atmosphérique doit être beaucoup moindre que sur le flux de l'Océan. Ces considérations me portent à regarder comme cause principale du flux lunaire atmosphérique, dans nos climats, l'élévation et l'abaissement périodiques de la mer. Des observations barométriques faites chaque jour, dans les ports où la marée s'élève à une grande hauteur, éclairciraient ce point curieux de Météorologie.
32fc EXPOSITION DU SYSTÈME DU MONDE.
Nous remarquerons ici que Tattraction du Soleil et de la Lune ne produit ni dans la mer ni dans l'atmosphère aucun mouvement constant d'orient en occident; celui que Ton observe dans l'atmosphère entre les tropiques, sous le nom de vents alizés, a donc une autre cause : voici la plus vraisemblable.
Le Soleil, que nops supposons, pour plus de simplicité, dans le plan de l'équateur, y raréfie par sa chaleur les colonnes d'air et les élève au-dessus de leur véritable niveau ; elles doivent donc retomber par leur poids, et se porter vers les pôles dans la partie supérieure de l'atmosphère : mais en même temps il doit survenir dans la partie inférieure un nouvel air frais qui, arrivant des climats situés vers les pôles, remplace celui qui a été raréfié à l'équateur. Il s'établit ainsi deux courants d'air opposés, l'un dans la partie inférieure et l'autre dans la partie supérieure de l'atmosphère; or la vitesse réelle de l'air, due à la rotation de la Terre, est d'autant moindre qu'il est plus près du pôle; il doit donc, en s'avançant vers l'équateur, tourner plus lentement que les parties correspondantes de la Terre, et les corps placés à la surface terrestre doivent le frapper avec l'excès de leur vitesse et en éprouver, par sa réaction, une résistance contraire à leur mouvement de rotation. Ainsi, pour l'observateur qui se croit immobile, l'air parait souffler dans un sens opposé à celui de la rotation de la Terre, c'est-à-dire d'orient en occident : c'est en effet la direction des vents alizés.
Si l'on considère toutes les causes qui troublent l'équilibre de l'atmosphère, sa grande mobilité due à sa fluidité et à son ressort, l'influence du froid et de la chaleur sur son élasticité, l'immense quantité de vapeurs dont elle se charge et se décharge alternativement, enfin les changements que la rotation àe la Terre produit dans la vitesse relative de ses molécules par cela seul qu'elles se déplacent dans le sens des méridiens, on ne sera point étonné de la variété de ses mouvements, qu'il sera très difficile d'assujettir à des lois certaines.