‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 192 sur 295 · RÉFLEXIONS SUR LA LOI DE LA PESANTEUR UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LA LOI DE LA PESANTEUR UNIVERSELLE

En considérant Tensemble des phénomènes du système solaire, on peut les ranger dans les trois classes suivantes : la première embrasse les mouvements des centres de gravité des corps célestes autour des foyers des forces principales qui les animent; la seconde comprend tout ce qui concerne la figure et les oscillations des fluides qui les recouvrent ; enfin les mouvements de ces corps autour de leurs centres de gravité sont l'objet de la troisième. C'est dans cet ordre que nous avons expliqué ces divers phénomènes, et Ton a vu qu'ils sont une suite nécessaire du principe de la pesanteur universelle. Ce principe a fait connaître un grand nombre d'inégalités qu'il eût été presque impossible de démêler dans les observations; il a fourni le moyen d'assujettir les mouvements célestes à des règles sûres et précises ; les Tables astronomiques, uniquement fondées sur la loi de la pesanteur, n'empruntent maintenant des observations que les éléments arbitraires qui ne peuvent pas être autrement connus, et l'on ne doit espérer de les» perfectionner encore qu'en portant plus loin à la fois la précision des observations et celle de la théorie.

Le mouvement de la Terre, qui, par la simplicité avec laquelle il explique les phénomènes célestes, avait entraîné les suffrages des astronomes, a reçu du principe de la pesanteur une confirmation nouvelle, qui l'a porté au plus haut degré d'évidence dont les sciences physiques soient susceptibles. On peut accroître la probabilité d'une théorie soit en diminuant le nombre des hypothèses sur lesquelles on

Tappuie, soit en augmentant le nombre des phénomènes qu'elle explique. Le principe de la pesanteur a procuré ces deux avantages à la théorie du mouvement de la Terre. Comme il en est une suite nécessaire, il n'ajoute aucune supposition nouvelle à cette théorie; mais pour expliquer les mouvements des astres, Copernic admettait dans la Terre trois mouvements distincts, l'un autour du Soleil, un autre de révolution sur elle-même, enfin un troisième mouvement de ses pôles autour de ceux de l'écliptique. Le principe de la pesanteur les fait dépendre tous d'un seul mouvement imprimé à la Terre, suivant une direction qui ne passe point par son centre de gravité. En vertu de ce mouvement, elle tourne autour du Soleil et sur elle-même; elle a pris une figure aplatie à ses pôles, et l'action du Soleil et de la Lune sur cette figure fait mouvoir lentement l'axe de la Terre autour des pôles de l'écliptique. La découverte de ce principe a donc réduit au plus petit nombre possible les suppositions sur lesquelles Copernic fondait sa théorie. Elle a d'ailleurs l'avantage de lier cette théorie à tous les phénomènes astronomiques. Sans elle, l'ellipticité des orbes planétaires, les lois que les planètes et les comètes suivent dans leurs mouvements autour du Soleil, leurs inégalités séculaires et périodiques, les nombreuses inégalités de la Lune et des satellites de Jupiter, la précession des équinoxes, la nutation de l'axe terrestre, les mouvements de l'axe lunaire, enfin le flux et le reflux de la mer ne seraient que des résultats de l'observation, isolés entre eux. C'est une chose vraiment digne d'admiration que la manière dont tous ces phénomènes, qui semblent, au premier coup d'œil, fort disparates, découlent d'une même loi, qui les enchaîne au mouvement de la Terre, en sorte que, re mouvement étant une fois admis, on est conduit par une suite de raisonnements géométriques à ces phénomènes. Chacun d'eux fournit donc une preuve de son existence, et si l'on considère qu'il n'y en a pas maintenant un seul qui ne soit ramené à la loi de la pesanteur; <|ue, cette loi déterminant avec la plus grande exactitude la position et les mouvements des corps célestes, à chaque instant et dans tout leur cours, il n'est pas à craindre qu'elle soit démentie par quelque phéno-

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