‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 20 sur 295 · LIVRE I. - CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. - CHAPITRE IV

au nœud, dans rintervalle de 223 mois, n'est pas rigoureux; et les écarts qui en résultent changent à la longue l'ordre des éclipses observées pendant une de ces périodes.

La forme circulaire de l'ombre terrestre dans les éclipses de Lune rendit sensible aux premiers astronomes la sphéricité très approchée de la Terre; nous verrons dans la suite la théorie lunaire perfectionnée offrir le moyen peut-être le plus exact pour en déterminer l'aplatissement.

C'est uniquement dans les conjonctions du Soleil et de la Lune, quand ce dernier astre, en s'interposant entre le Soleil et la Terre, nous dérobe la lumière du Soleil, que nous observons les éclipses solaires. Quoique la Lune soit incomparablement plus petite que le Soleil, cependant elle est assez près de la Terre pour que son diamètre apparent diffère peu de celui du Soleil; il arrive même, à raison des changements de ces diamètres, qu'ils se surpassent alternativement l'un l'autre. Imaginons les centres du Soleil et de la Lune sur une même droite avec l'œil de l'observateur : il verra le Soleil éclipsé. Si le diamètre apparent de la Lune surpasse celui du Soleil, l'éclipsé sera totale; mais si ce diamètre est plus petit, l'observateur verra un anneau lumineux, formé par la partie du Soleil qui déborde le disque de la Lune, et alors l'éclipsé sera annulaire. Si le centre de la Lune n'est pas sur la droite qui joint l'observateur et le centre du Soleil, la Lune pourra n'éclipser qu'une partie du disque solaire, et l'éclipsé sera partielle. Ainsi les variétés des distances du Soleil et de la Lune au centre de la Terre, et celles de la proximité de la Lune à ses nœuds, au moment de ses conjonctions, doivent en produire de très grandes dans les éclipses de Soleil. A ces causes se joint encore l'élévation de la Lune sur l'horizon, élévation qui change la grandeur de son diamètre apparent, et qui, par l'effet de la parallaxe lunaire, peut augmenter ou diminuer la distance apparente des centres du Soleil et de la Lune, de manière que, de deux observateurs éloignés entre eux, l'un peut voir une éclipse de Soleil, qui n'a point lieu pour l'autre observateur. En cela, les éclipses de Soleil diffèrent des éclipses de

Lune, qui sont les mêmes et arrivent au même instant pour tous les lieux de la Terre où elles sont visibles.

On voit souvent Tombre d'un nuage emporté par les vents parcourir rapidement les coteaux et les plaines» et dérober aux spectateurs qu'elle atteint la vue du Soleil, dont jouissent ceux qui sont au delà de ses limites : c'est l'image exacte des éclipses totales de Soleil. On aperçoit alors autour du disque lunaire une couronne d'une lumière pâle, et qui probablement est l'atmosphère même du Soleil; car son étendue ne peut convenir k celle de la Lune, et l'on s'est assuré par les éclipses du Soleil et des étoiles que cette dernière atmosphère est presque insensible.

L'atmosphère dont on peut concevoir la Lune environnée infléchit les rayons lumineux vers le centre de cet astre, et si, comme cela doit être, les couches atmosphériques sont plus rares, à mesure qu'elles sont plus élevées, ces rayons, en y pénétrant, s'infléchissent de plus en plus et décrivent une courbe concave vers sa surface. Un observateur placé sur la Lune ne cesserait donc de voir un astre que lorsqu'il serait placé au-dessous de son horizon, d'un angle que l'on nomme réfmction horizontale. Les rayons émanés de cet astre vu à l'horizon, après avoir rasé la surface de la Lune, continuent leur route en décrivant une courbe semblable à celle par laquelle ils y sont parvenus. Ainsi un second observateur placé derrière la Lune, relativement à l'astre, l'apercevrait encore, en vertu de Tinflexion de ses rayons dans l'atmosphère lunaire. Le diamètre de la Lune n'est point sensiblement augmenté par la réfraction de son atmosphère; une étoile éclipsée par cet astre l'est donc plus tard que si cette atmosphère n'existait point, et, par la même raison, elle cesse plus tôt d'être éclipsée, en sorte que l'influence de l'atmosphère lunaire est principalement sensible sur la durée des éclipses du Soleil et des étoiles par la Lune. Des observations précises et multipliées ont fait à peine soupçonner cette influence, et l'on s'est assuré qu'a la surface de la Lune la réfraction horizontale n'excède pas 5". Cette réfraction, sur la Terre, est au moins mille fois plus grande; l'atmosphère lunaire, si elle existe, est

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