LIVRE IV. ~ CHAPITRE XVIIL
s'est beaucoup étendu sur les phénomènes capillaires dans les questions qui terminent son Optique ; il a très bien vu qu'ils dépendent de forces attractives décroissant avec une extrême rapidité par la distance, et ce qu'il dit sur les affinités chimiques qu'elles produisent est très remarquable pour son temps, et a été confirmé en grande partie par les travaux des chimistes modernes; mais ce grand géomètre n'a point donné de méthode pour soumettre au calcul les effets capillaires de ces forces. Jurin a depuis essayé de ramener à un principe général l'ascension des liquides dans des tubes très étroits. Il attribue celle de l'eau dans un tube de verre à l'attraction de la partie annulaire du tube a laquelle l'eau est contiguë; « car », dit-il, « c'est seulement de cette partie du tube que l'eau doit s'éloigner en s'abaissant; elle est par conséquent la seule qui, par la force de son attraction, s'oppose à sa descente. Cette cause est proportionnelle à son effet, puisque cette circonférence et la colonne d'eau suspendue sont toutes deux proportionnelles au diamètre du tube. » Mais on ne doit employer le principe de la proportionnalité des effets aux causes que lorsqu'elles sont premières, et non quand elles sont des résultats de causes premières. Ainsi, en admettant même que le seul anneau de verre adhérent à la surface de l'eau est la cause de l'élévation de ce liquide, on ne doit pas en conclure que le poids élevé doit être proportionnel à son diamètre, parce qu'on ne peut connaître la force de cet anneau qu'en sommant celle de toutes ses parties. Clairaut, qui a examiné cet objet dans sa Théorie de la figure de la Terre ^ substitue à l'hypothèse de Jurin une analyse exacte de toutes les forces qui tiennent une colonne d'eau suspendue en équilibre, dans un canal infiniment étroit passant par l'axe du tube. Mais il n'a pas expliqué le principal phénomène capillaire, celui de l'ascension et de la dépression des liquides en raison inverse du diamètre intérieur des tubes très étroits ; il se contente d'observer, sans en donner la preuve, qu'une infinité de lois d'attraction peuvent produire ce phénomène. La supposition qu'il fait de l'action du verre, sensible jusque sur les molécules de l'eau situées dans l'axe du tube, devait l'éloigner de la véritable explication du phénomène ; mais il est remarquable que,
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s'il fût parti de l'hypothèse d'une attraction insensible à des distances sensibles et s'il eût appliqué aux molécules situées dans la sphère d'activité des parties du tube l'analyse des forces dont il a fait usage pour les molécules de Taxe, il aurait été conduit, non seulement au résultat de Jurin, mais encore à ceux que nous avons obtenus par la seconde manière dont nous avons envisagé les phénomènes capillaires. On voit par cette méthode que» si le liquide mouille parfaitement le tube, on peut concevoir que la partie du tube supérieure à la surface du liquide d'une quantité imperceptible le sollicite à s'élever et le tient suspendu en équilibre» lorsque le poids de la colonne élevée balance l'attraction de cet anneau du tube. Ce n'est pas» comme Jurin le prétend» l'anneau même en contact avec le liquide qui produit ces effets» puisque son action est horizontale ; ces phénomènes prouvent que l'action réciproque du tube et du liquide ne s'arrête point aux surfaces. Mais le principe de Jurin» quoique inexact» l'a conduit à une conséquence vraie» savoir» que le poids de la colonne liquide est proportionnel au contour de la base intérieure du tube, conséquence que l'on doit étendre généralement à un tube prismatique» quels que soient sa forme intérieure et le rapport de l'attraction de ses molécules sur le liquide à l'attraction des molécules liquides sur elles-mêmes.
La ressemblance de la surface des fluides contenus dans les espaces capillaires et des gouttes liquides avec les surfaces dont les géomètres s'occupèrent à l'origine du Calcul infinitésimal» sous les noms de lintéaire, d'élastique, porta naturellement plusieurs physiciens à considérer les liquides comme étant enveloppés de semblables surfaces» qui, par leur tension et leur élasticité» donnaient aux liquides les formes indiquées par l'expérience. Segner» l'un des premiers qui aient eu cette idée, sentit bien qu'elle n'était qu'une fiction propre à représenter les phénomènes» mais que l'on ne devait admettre qu'autant qu'elle se rattachait à la loi d'une attraction insensible à des distances sensibles. Il essaya donc d'établir cette dépendance; mais, en suivant ses raisonnements, il est facile d'en reconnaître l'inexactitude, et les résultats auxquels il parvint, et qui ne s'accordent ni avec l'Analyse ni avec la