‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 216 sur 295 · LIVRE IV. - CHAPITRE XVIIL · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - CHAPITRE XVIIL

nature» en sont la preuve. Au reste, on voit, par la note qui termine ses recherches, qu'il n'en a pas été content lui-même. Mais on doit lui rendre cette justice, qu'il était sur la voie qui devait conduire à la théorie générale des phénomènes capillaires. Lorsque je m'en occupais, Thomas Young en faisait pareillement le sujet de recherches fort ingénieuses, insérées dans les Transactions philosophiques. Il y compare, avec Segner, la force capillaire à la tension d'une surface liquide, en ayant égard à sa courbure dans deux directions perpendiculaires entre elles, et de plus il suppose que cette surface coupe toujours les parois des espaces capillaires sous un angle déterminé pour les mêmes substances, quelle que soit d'ailleurs la surface de ces parois, ce qui n'est exact qu'aux limites de la sphère d'activité sensible de ces substances, et cesse même de l'être au delà de ces limites, lorsque le liquide est à l'extrémité des parois, comme on l'a vu relativement aux surfaces des tubes et des disques qui le soulèvent. Mais Young n'a pas, ainsi que Segner, tenté de dériver ses hypothèses de l'attraction moléculaire, ce qui était indispensable pour les réaliser; elles ne pouvaient l'être que par une démonstration pareille à celle que j'ai donnée dans ma première méthode, à laquelle les explications de Segner et d'Young se rattachent, comme celle de Jurin se rattache à la seconde manière dont j'ai considéré ce genre de phénomènes.

Je me suis beaucoup étendu sur les phénomènes capillaires, parce qu'indépendamment de l'intérêt qu'ils offrent par eux-mêmes, leur théorie répand un grand jour sur les attractions réciproques des molécules des corps, dont ils sont de très légères modifications. Le calcul nous montre, en effet, que l'action capillaire dérive de la force attractive, et qu'elle est à celle-ci dans un rapport beaucoup moindre que celui du rayon de la sphère d'activité sensible de cette force au rayon de courbure de la surface capillaire. Ainsi, en supposant ce dernier rapport égal à x"^* I^ force attractive de l'eau sur elle-même surpassera vingt mille fois l'action capillaire de ce liquide dans un tube de verre, large de o^^ooi, action équivalente, suivant l'expérience, à une colonne d'eau de cl^f6io\ cette force surpassera donc la pression d'une

colonne d'eau de 600"'. Une pression aussi considérable comprime fortement les couches intérieures de ce liquide, et accroit leur densité qui, par cette raison, doit surpasser celle d'une lame d'eau isolée d'une épaisseur plus petite que la sphère d'activité sensible de ses molécules. Est-il invraisemblable de supposer que ce cas est celui de t'enveloppe aqueuse des vapeurs vésiculaires, qui par là deviennent beaucoup plus légères?

L'attraction moléculaire est la cause de l'agrégation des molécules homogènes et de la solidité des corps« Elle est la source des affinités des molécules hétérogènes. Semblable à la pesanteur, elle ne s'arrête point à la superficie des corps, mais elle les pénètre, en agissant au delà du contact à des distances imperceptibles : c'est ce que les phénomènes capillaires montrent avec évidence. De là dépend l'influence des masses dans les affinités chimiques, ou cette capacité de saturation, dont BerthoUet a si heureusement développé les effets. Ainsi deux acides, en agissant sur une même base, se la partagent en raison de leurs affinités avec elle ; ce qui n'aurait point lieu, si l'affinité n'agissait qu'au contact ; car alors l'acide le plus puissant retiendrait la base entière. La figure des molécules, l'électricité, la chaleur, la lumière et d'autres causes, en se combinant avec cette loi générale, modifient ses effets. Des expériences de M. Gay-Lussac sur les phénomènes capillaires des mélanges formés de proportions diverses d'eau et d'alcool semblent indiquer ces modifications; car ces phénomènes ne suivent point exactement les lois qui résultent des attractions respectives des deux fluides mêlés ensemble et des pesanteurs spécifiques.

Ici se présente une question intéressante. La loi de l'attraction moléculaire relative aux distances est-elle la même pour tous les corps? Cela semble résulter du phénomène général observé par Richter, et qui consiste en ce que les rapports des bases qui saturent un acide sont les mêmes pour tous les acides ; dans ce cas, la loi de la capillarité est aussi la même pour tous les liquides.

Les molécules d'un corps solide ont la position dans laquelle leur résistance à un changement d'état est le plus grande. Chaque mole-

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