‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 22 sur 295 · LIVRE I. - CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. - CHAPITRE IV

Tastre, parvenu à sa plus grande hauteur boréale, commencera a revenir vers l'écliptique. Les phénomènes précédents se reproduiront alors dans un ordre inverse» et lorsque la Lune, parvenue à son nœud descendant, s'abaissera sous l'écliptique, le pôle boréal présentera les phénomènes que le pôle austral avait offerts.

L'axe de rotation de la Lune n'est pas exactement perpendiculaire à l'écliptique, et son inclinaison produit des apparences que l'on peut concevoir en supposant la Lune mue sur le plan même de l'écliptique, de manière que son axe de rotation reste toujours parallèle à luimême. Il est clair qu'alors chaque pôle sera visible pendant une moitié de la révolution de la Lune autour de la Terre et invisible pendant l'autre moitié, en sorte que les régions qui en sont très voisines seront alternativement découvertes et cachées.

Enfin, l'observateur n'est point au centre de la Terre, mais a sa surface; c'est le rayon visuel mené de son œil au centre 'de la Lune, qui détermine le milieu de son hémisphère apparent, et il est clair qu'à raison de la parallaxe lunaire, ce rayon coupe la surface de la Lune dans des points sensiblement différents suivant la hauteur de cet astre sur l'horizon.

Toutes ces causes ne produisent qu'une libration apparente dans le globe lunaire; elles sont purement optiques, et n'affectent point son mouvement réel de rotation. Ce mouvement peut cependant être assujetti à de petites inégalités; mais elles sont trop peu sensibles pour avoir été observées.

Il n'en est pas de même des variations du plan de l'équateur lunaire. L'observation assidue des taches de la Lune fit reconnaître à Dominique Gassini que l'axe de cet équateur n'est point perpendiculaire à l'écliptique, comme on l'avait supposé jusqu'alors, et que ses positions successives ne sont point exactement parallèles. Ce grand astronome fut conduit au résultat suivant, l'une de ses plus belles découvertes, et qui renferme toute la théorie astronomique de la libration réelle de la Lune. Si, par le centre de cet astre, on conçoit un premier plan perpendiculaire à son axe de rotation, plan qui se confond avec

celui de son équateur; si, de plus, on imagine par le même centre un second plan parallèle à celui de l'écliptique, et un troisième plan qui soit celui de Torbe lunaire, en faisant abstraction des inégalités périodiques de son inclinaison et des nœuds, ces trois plans ont constamment une intersection commune; le second, situé entre les deux autres, forme avec le premier un angle d'environ 1^,67, et avec le troisième un angle de 5", 71 55. Ainsi les intersections de Téquateur lunaire avec Fécliptique, ou ses nœuds, coïncident toujours avec les nœuds moyens de Torbe lunaire, et, comme eux, ils ont un mouvement rétrograde dont la période est de 67931,39108. Dans cet intervalle, les deux pôles de l'équateur et de l'orbe lunaire décrivent de petits cercles parallèles à Técliptique, en comprenant son pôle entre eux, de manière que ces trois pôles soient constamment sur un grand cercle de la sphère céleste.

Des montagnes d'une grande hauteur s'élèvent à la surface de la Lune; leurs ombres, projetées sur les plaines, y forment des taches qui varient avec la position du Soleil. Aux bords de la partie éclairée du disque lunaire, les montagnes se présentent sous la forme d'une dentelure, qui s'étend au delà de la ligne de lumière, d'une quantité dont la mesure a fait connaître que leur hauteur est au moins de 3000*". On reconnaît, par la direction des ombres, que la surface de la Lune est parsemée de profondes cavités semblables aux bassins de nos mers. Enfin cette surface parait offrir des traces d'éruptions volcaniques; la formation de nouvelles taches, et des étincelles observées plusieurs fois dans sa partie obscure semblent même y indiquer des volcans en activité.

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