‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 23 sur 295 · DES PLANÈTES, ET EN PARTICULIER DE MERCURE ET DE VÉNUS · texte numérisé non relu

DES PLANÈTES, ET EN PARTICULIER DE MERCURE ET DE VÉNUS

AU milieu de ce nombre infini de points étincelants dont la voûte céleste est parsemée» et qui gardent entre eux une position à peu près constante, dix astres, toujours visibles quand ils ne sont point plongés dans les rayons du Soleil, se meuvent suivant des lois fort compliquées, dont la recherche est un des principaux objets de l'Astronomie. Ces astres, auxquels on a donné le nom à^ planètes, sont Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, connus dans la plus haute antiquité, parce qu'on peut les apercevoir à la vue simple; ensuite, Uranus, Cérës, Pallas, Junon et Yesta, dont la découverte récente est due au télescope. Les deux premières planètes ne s'écartent point du Soleil au delà de certaines limites; les autres s'en éloignent à toutes les distances angulaires. Les mouvements de tous ces corps sont compris dans une zone de la sphère céleste que l'on a nommée zodiaque, et dont la largeur est divisée en deux parties égales par l'écliptique.

Mercure ne s'éloigne jamais du Soleil au delà de 3a^. Lorsqu'il commence à paraître le soir, on le distingue à peine dans les rayons du crépuscule; les jours suivants, il s'en dégage de plus en plus, et après s'être éloigné d'environ !25^ du Soleil, il revient vers lui. Dans cet intervalle, le mouvement de Mercure, rapporté aux étoiles, est direct; mais lorsqu'en se rapprochant du Soleil, sa distance à cet astre n'est plus que de ^o®, il parait stationnaire, et son mouvement devient ensuite rétrograde. Mercure continue de se rapprocher du Soleil, et

finit par se replonger le soir dans ses rayons. Apres y être demeuré pendant quelque temps invisible, on le revoit le matin, sortant de ces rayons et s'éloignant du Soleil, Son mouvement est rétrograde, comme avant sa disparition; mais la planète, parvenue à 20^ de distance, est «le nouveau stationnaire, et reprend un mouvement direct; elle continue de s'éloigner du Soleil, jusqu'à la distance de 25**; ensuite elle s'en rapproche, se replonge le matin dans les rayons de l'aurore et reparaît bientôt le soir, pour reproduire les mêmes phénomènes.

L'étendue des plus grandes digressions de Mercure ou de ses plus fçrands écarts de chaque côté du Soleil varie depuis 18** jusqu'à 32®. La durée de ses oscillations entières ou de ses retours à la même position relativement au Soleil varie pareillement depuis 106 jusqu'à ï3o jours. L'arc moyen de sa rétrogradation est d'environ i5®, et sa durée moyenne est de 28 jours; mais il y a de grandes différences entre ces quantités dans les diverses rétrogradations. En général le mouvement de Mercure est très compliqué; il n'a pas lieu exactement sur le plan de l'écliptique; quelquefois la planète s'en écarte au delà de 5®.

Il a fallu sans doute une longue suite d'observations pour reconnaître l'identité de deux astres que l'on voyait alternativement le matin et le soir, s'éloigner et se rapprocher alternativement du Soleil; mais, comme l'un ne se montrait jamais que l'autre n'eût disparu, on jugea enfin que c'était la même planète qui oscillait de chaque côté du Soleil.

Le diamètre apparent de Mercure est variable, et ses changements ont des rapports évidents à sa position par rapport au Soleil et à la direction de son mouvement. Il est à son minimum quand la planète se plonge le matin dans les rayons solaires ou quand le soir elle s'en dégage; il est à son maximum quand elle se plonge le soir dans ces rayons ou quand elle s'en dégage le matin. Sa grandeur moyenne est de 21'', 3.

Quelquefois, dans l'intervalle de sa disparition le soir à sa réapparition le matin, on voit la planète se projeter sur le disque du Soleil, sous la forme d'une tache noire qui décrit la corde de ce disque. On la re-

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