‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 221 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE L · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE L

ayant eu besoin de signes pour indiquer le mouvement des astres» on continua de désigner, comme Hipparque, l'origine du printemps par l'entrée du Soleil dans le Bélier. Alors on distingua les constellations des signes du zodiaque, qui ne furent plus qu'une chose fictive, propre à indiquer la marche des corps célestes. Maintenant que l'on cherche à tout ramener aux notions el aux expressions les plus simples, on commence à ne plus considérer les signes du zodiaque, et l'on marque la position des astres sur l'écliptique par leur distance à l'équinoxe du printemps.

Les noms des constellations du zodiaque ne leur ont point été donnés au hasard ; ils ont exprimé des rapports qui ont été l'objet d'un grand nombre de recherches et de systèmes. Quelques-uns de ces noms paraissent être relatifs au mouvement du Soleil : VÉcrevisse, par exemple, et le Capricorne indiquent la rétrogradation de cet astre aux solstices, et la Balance désigne l'égalité des jours et des nuits à l'équinoxe ; les autres noms semblent se rapporter à l'agriculture et au climat du peuple chez lequel le zodiaque a pris naissance. Le Capricorne ou la constellation de la Chés^re parait mieux placée au point le plus élevé de la course du Soleil qu'à son point le plus bas. Dans cette position, qui remonte à quinze mille ans, la Balance était à l'équinoxe du printemps , et les constellations du zodiaque avaient des rapports frappants avec le climat de l'Egypte et avec son agriculture. Tous ces rapports subsisteraient encore si les constellations du zodiaque, au lieu d'avoir été nommées d'après leur lever avec le Soleil ou au commencement du jour, l'eussent été d'après leur lever à l'entrée de la nuit, si, par exemple, le lever de la Balance à ce moment eût indiqué le commencement du printemps. L'origine du zodiaque, qui ne remontrerait alors qu'à deux mille cinq cents ans avant notre ère, s'accorde beaucoup mieux que la précédente, avec le peu que nous savons, de l'antiquité des sciences et spécialement de l'Astronomie.

Les Chinois sont de tous les peuples celui dont les annales nous offrent les plus anciennes observations que l'on puisse employer dans l'Astronomie. Les premières éclipses dont elles font mention ne peu-

vant servir qu'à la chronologie, par la manière vague dont elles sont rapportées; mais ces éclipses prouvent qu*à l'époque de l'empereur Yao, plus de deux mille ans avant notre ère, l'Astronomie était cultivée à la (Ihine comme base des cérémonies. Le calendrier et l'annonce des éclipses étaient d'importants objets pour lesquels on avait créé un tribunal de Mathématiques. On observait dès lors les ombres méridiennes du gnomon aux solstices et le passage des astres au méridien; on mesurait le temps par des clepsydres, et l'on déterminait la position de la Lune par rapport aux étoiles dans les éclipses ; ce qui donnait les positions sidérales du Soleil et des solstices. On avait même construit des instruments propres à mesurer les distances angulaires des astres. Par la réunion de ces moyens» les Chinois avaient reconnu que la durée de l'année solaire surpasse, d'un quart de jour environ, trois cent soixante et cinq jours; ils la faisaient commencer au solstice d'hiver. Leur année civile était lunaire, et pour la ramener à l'année solaire, ils faisaient usage de la période de dix-neuf années solaires correspondantes à deux cent trente-cinq lunaisons, période exactement la même que, plus de seize siècles après, Calippe introduisit dans le calendrier des Grecs. Leurs mois étant alternativement de vingt-neuf et de trente jours, leur année lunaire était de trois cent cinquanteqoatre jours, et par conséquent plus courte de onze jours et un quart que leur année solaire; mais, dans l'année où la somme de ces différences aurait excédé une lunaison, ils intercalaient un mois. Ils avaient partagé l'équateur en douze signes immobiles et en vingt-huit constellations, dans lesquelles ils déterminaient avec soin la position des solstices. Les Chinois avaient, au lieu du siècle, un cycle de soixante ans, et un cycle de soixante jours au lieu de la semaine ; mais ce petit cycle de sept jours, en usage dans tout l'Orient, leur était connu depuis les temps les plus reculés. La division de la circonférence fui toujours, en Chine, subordonnée à la longueur de l'année, de manière que la Soleil décrivit exactement un degré par jour ; mais les divisions du degré, du jour, des poids et de toutes les mesures linéaires étaient décimales, et cet exemple, donné depuis quatre mille ans au moins

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