LIVRE V. ~ CHAPJTRE I
par la plus nombreuse nation de la terre, prouve que ces divisions, qui d'ailleurs offrent tant d'avantages» peuvent devenir, par Tusage, extrêmement populaires.
Les premières observations utiles à l'Astronomie sont deTcbeou-Kong dont la mémoire est encore en vénération à la Chine, comme ' celle de l'un des meilleurs princes qui l'aient gouvernée. Frère de Ou- Ouang, fondateur de la dynastie des Tcheou, il régit l'empire après sa mort, pendant la minorité de son neveu, depuis l'an i io4 jusqu'à l'an 1098 avant notre ère. Confucius, dans le Cbou-King, le livre le plus révéré des Chinois, fait adresser par ce grand prince à son pupille les plus sages maximes du gouvernement et de la morale. Tcbeou-iKong fit par lui-même et par ses astronomes un grand nombre d'observations dont trois nous sont heureusement parvenues, et précieuses par leur haute antiquité. Deux d'entre elles sont des longueurs méridiennes du gnomon, observées avec un grand soin, aux solstices d'hiver et d'été, dans la ville de Loyang; elles donnent pour l'obliquité de l'écliptique, à cette ancienne époque, un résultat conforme à la théorie de la pesanteur universelle. L'autre observation est relative à la position du solstice d'hiver dans le ciel à la même époque. Elle s'accorde pareillement avec la théorie, autant que le comportent les moyens employés alors pour déterminer un élément aussi délicat. Cet accord remarquable ne permet pas de douter de l'authenticité de ces observations.
L'incendie des livres chinois, ordonné par l'empereur Chi Hoanti, vers Tan 2i3 avant notre ère, fit disparaître les vestiges des anciennes méthodes du calcul des éclipses et beaucoup d'observations intéressantes; pour en retrouver qui puissent être utiles à l'Astronomie, il faut descendre d'environ quatre siècles depuis Tcheou-Kong, et se transporter en Chaldée. Ptolémée nous en a transmis plusieurs : les plus anciennes sont trois éclipses de Lune, observées à Babylone dans les années 719 et 720 avant notre ère, et dont il a fait usage pour déterminer les mouvements de la Lune. Sans doute Hipparque et lui n'en avaient point de plus anciennes qui fussent assez précises pour servir à ces déterminations, dont l'exactitude est en raison de l'intervalle qui
sépare les observations extrêmes. Cette considération doit diminuer nos regrets de la perte des observations chaldéennes, qu'Aristote» si Ton en croit Porphyre cité par Simplicius, se fit communiquer par Tentremise de Gallisthëne» et qui remontaient jusqu'à dix-neuf siècles avant Alexandre. Mais les Chaldéens n'ont pu découvrir que par une longue suite d'observations la période de 6585 jours |, pendant lesquels la Lune fait 2a3 révolutions à l'égard duSoleiU ^39 révolutions anomalistiques, et 241 révolutions par rapport à ses nœuds. Ils ajoutaient rsT de la circonférence pour avoir le mouvement sidéral du Soleil dans cet intervalle» ce qui suppose l'année sidérale de 365 jours \. Ptolémée, en rapportant cette période, l'attribue aux plus anciens mathématiciens ; mais l'astronome Geminus, contemporain de Sylla, désigne les Chaldéens comme inventeurs de cette période, et il explique la manière dont ils en ont conclu le mouvement diurne de la Lune, et la méthode par laquelle ils calculaient l'anomalie lunaire. Son témoignage ne doit laisser aucun doute, si l'on considère que le s€uvs chaldéen, de aa3 mois lunaires, qui ramène la Lune à la même position à l'égard de ses nœuds, de son périgée et du Soleil, fait partie de la période précédente. Ainsi les éclipses observées dans une période fournissaient un moyen simple de prédire celles qui devaient avoir lieu dans les périodes suivantes. Cette période et la manière ingénieuse avec laquelle ils calculaient la principale inégalité lunaire ont exigé un grand nombre d'observations comparées entre elles avec adresse : c'est le monument astronomique le plus curieux avant la fondation de Fécolc d'Alexandrie. Voilà ce que l'on connaît avec certitude de l'Astronomie d'un peuple que l'antiquité regarda comme le plus instruit dans la science des astres. Les opinions des Chaldéens sur le système du monde ont été très variées, comme cela devait être à l'égard d'objets que l'observation et la théorie n'avaient point encore éclairés. Cependant, quelques-uns de leurs philosophes, plus heureux que les autres ou guidés par des vues plus saines sur l'ordre et sur l'immensité de l'univers, ont pensé que les comètes étaient, ainsi que les planètes, assujetties à des mouvements réglés par des lois éternelles.