LIVRE V. - CHAPITRE
des inventions utiles, el l'on appréciera la difficulté d'y parvenir, si l'on considère qu'il a échappé au génie d'Archimëde et d'Apollonius, deux des plus grands hommes dont l'antiquité s'honore.
Les Grecs n'ont commencé à cultiver l'Astronomie que longtemps après les Egyptiens et les Chaldéens, dont ils ont été les disciples. Il est difficile, à travers les fables qui remplissent les premiers siècles de leur histoire, de démêler leurs connaissances astronomiques. Leurs nombreuses écoles offrent très peu d'observateurs avant celle d'Alexandrie ; ils y traitèrent l'Astronomie comme une science purement spéculative, et en se livrant à de frivoles conjectures. Il est singulier qu'à la vue de cette foule de systèmes qui se combattaient sans rien apprendre, la réflexion très simple, que le seul moyen de connaître la nature est de l'interroger par l'expérience, ait échappé à tant de philosophes, dont plusieurs étaient doués d'un rare génie. Mais on en sera moins étonné, si l'on considère que, les premières observations ne présentant que des faits isolés, sans attrait pour l'imagination impatiente de remonter aux causes, elles ont dû se succéder avec une extrême lenteur. Il a fallu qu'une longue suite de siècles en accumulât un assez grand nombre, pour faire découvrir entre les phénomènes des rapports qui, s'étendant de plus en plus, réunissent à l'intérêt de la vérité celui des spéculations générales auxquelles l'esprit humain tend sans cesse à s'élever.
Cependant, au milieu des rêves philosophiques des Grecs, on voit percer sur l'Astronomie des idées saines, qu'ils recueillirent dans leurs voyages et qu'ils perfectionnèrent. Thaïes, né à Milet ran,64o avant notre ère, alla s'instruire en Egypte ; revenu dans la Grèce, il fonda l'école Ionienne, et il y enseigna la sphéricité de la Terre, l'obliquité de l'écliptique et les véritables causes des éclipses du Soleil el de la Lune. On dit même qu'il parvint à les prédire, en employant sans doute les méthodes ou les périodes que les prêtres égyptiens lui avaient communiquées.
Thaïes eut pour successeurs Anaximandre, Anaximèneet Anaxagore. Les deux premiers introduisirent dans la Grèce l'usage du gnomon et
des cartes géographiques. Anaxagore fut persécuté par les Athéniens, pour avoir enseigné les vérités de l'école Ionienne. On lui reprocha d'anéantir Tinfluence des dieux sur la nature, en essayant d'assujettir ses phénomènes à des lois immuables. Proscrit avec ses enfants, il ne dut la vie qu'aux soins de Périclès, son disciple et son ami, qui parvint à faire changer la peine de mort en exil. Ainsi la vérité, pour s'établir sur la Terre, a souvent eu à combattre des erreurs accréditées, qui, plus d'une fois, ont été funestes à ceux qui l'ont fait connaître.
De l'école Ionienne sortit le chef d'une école beaucoup plus célèbre. Pythagore, né à Samos vers l'an 090 avant notre ère, fut d'abord disciple de Thaïes, qui lui conseilla de voyager en Egypte, où il se fit initier aux mystères des prêtres, pour connaître à fond leur doctrine. Ensuite il alla sur les bords du Gange, interroger les Brahmanes. De retour dans sa patrie, le despotisme sous lequel elle gémissait alors le força de s'en exiler, et il se retira en Italie, où il fonda son école. Toutes les vérités astronomiques de l'école Ionienne furent enseignées avec plus de développement dans celle de Pythagore ; mais ce qui la distingue principalement est la connaissance des deux mouvements de la Terre, sur elle-même et autour du Soleil. Pythagore l'enveloppa d'un voile, pour la cacher au vulgaire ; mais elle fut exposée dans un grand jour par son disciple Philolaûs.
Suivant les Pythagoriciens, les comètes elles-mêmes sont en mouvement, comme les planètes, autour du Soleil ; ce ne sont point des météores passagers formés dans notre atmosphère, mais des ouvrages éternels de la nature. Ces notions parfaitement justes du Système du Monde ont été saisies et présentées par Sénèque avec l'enthousiasme qu'une grande idée sur l'un des objets les plus vastes des connaissances humaines doit exciter dans l'âme du philosophe : « Ne nous étonnons point », dit-il, « que l'on ignore encore la loi du mouvement des comètes, dont le spectacle est si rare, et qu'on ne connaisse ni le commencement ni la fm de la révolution de ces astres, qui descendent d'une énorme distance. Il n'y a pas quinze cents ans que la Grèce a compté les étoiles et leur a donné des noms.... Le jour viendra que.