LIVRE V. - CHAPITRE III
meux Aaron-al-Reschid. Almamon régnait à Bagdad en 8i4. Vainqueur de Tempereur grec Michel III, il imposa pour une des conditions de la paix qu'on lui fournirait les meilleurs livres de la Grèce : VAlmageste fut de ce nombre; il le fit traduire et répandit ainsi parmi les Arabes les connaissances astronomiques qui avaient illustré l'école d'Alexandrie. Pour les perfectionner, il rassembla plusieurs astronomes distingués qui, après avoir fait un grand nombre d'observations, publièrent de nouvelles Tables du Soleil et de la Lune, plus parfaites que celles de Ptolémée et longtemps célèbres dans l'Orient sous le nom de Tabk vérifiée. Dans cette Table, le périgée solaire a la position qu'il devait avoir; l'équation du centre du Soleil, beaucoup trop grande dans Hipparque, est réduite à sa véritable valeur; mais cette précision devenait alors une source d'erreurs dans le calcul des éclipses, où l'équation annuelle de la Lune corrigeait en partie l'inexactitude de l'équation du centre du Soleil, adoptée par cet astronome. La durée de l'année tropique est plus exacte que celle d'Hipparque; elle est cependant trop courte d'environ deux minutes; mais cette erreur vient de ce que les auteurs de la Table vérifiée comparèrent leurs observations a celles de Ptolémée ; l'erreur aurait été presque nulle s'ils eussent employé les observations d'Hipparque. C'est encore par cette raison qu'ils supposèrent la précession des équinoxes un peu trop grande.
Almamon fit mesurer avec un grand soin, dans une vaste plaine de la Mésopotamie, un degré terrestre, que l'on trouva de deux cent mille cinq cents coudées noires. Cette mesure offre la même incertitude que celle d'Ératosthène, relativement à la longueur du module dont on fit usage. Toutes ces mesures ne peuvent maintenant nous intéresser qu'en faisant connaître ces modules. Mais les erreurs dont ces opérations étaient alors susceptibles ne permettent pas d'en retirer cet avantage, qui ne peut résulter que de la précision des opérations modernes, au moyen desquelles on pourra toujours retrouver nos mesures, si par la suite des temps leurs étalons viennent à s'altérer.
Les encouragements donnés à l'Astronomie par Almamon et par ses successeurs produisirent un grand nombre d'astronomes arabes très re-
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Les annales de la Chine nous ont offert les plus anciennes observations astronomiques ; elles nous présentent encore, vingt-quatre siècles après, les observations les plus précises que l'on ait faites avant le renouvellement de l'Astronomie, et même avant l'application du télescope au quart du cercle. On a vu que l'année astronomique des Chinois commençait au solstice d'hiver, et que, pour en fixer l'origine, on observa dans tous les temps les ombres méridiennes du gnomon vers les solstices. Gaubil, l'un des plus savants et des plus judicieux missionnaires jésuites envoyés dans cet empire, nous a fait connaître une suite d'observations de ce genre, qui s'étendent depuis l'an 1 1 oo avant notre ère jusqu'en 11280 après. Elles indiquent avec évidence la diminution de l'obliquité de l'écliptique, qui, dans ce long intervalle, a été d'un roillièmje de la circonférence. Tsoutchong, l'un des plus habiles astronomes chinois, comparant les observations qu'il fit à Nankin, en 46 N avec celles que l'on avait faites à Loyang, dans l'année 173, détermina la grandeur de l'année tropique, plus exactement que ne l'avaient fait les Grecs et même les astronomes d'AImamon : il la trouva de 365^,24282, la même à très peu près que celle de Copernic. Pendant qu'Holagu- Ilecoukan faisait fleurir l'Astronomie en Perse, son frère Cobilai, fondateur, en 1 271, de la dynastie des Yuen, lui accordait la même protection à la Chine ; il nomma chef du tribunal des Mathématiques Cocheou-King, le premier des astronomes chinois. Ce grand observateur fit construire des instruments beaucoup plus exacts que ceux dont on avait fait usage jusqu'alors : le plus précieux de tous était un gnomon de 4o pieds chinois, terminé par une plaque de cuivre, verticale et percée par un trou du diamètre d'une aiguille. C'est du centre de cette ouverture que Cocheou-King comptait la hauteur du gnomon; il mesurait l'ombre jnsqu'au centre de l'image du Soleil, (c Jusqu'ici, » dit-il, « on n'observait que le bord supérieur du Soleil, et l'on avait de la peine à distinguer le terme de l'ombre ; d'ailleurs, le gnomon de 8 pieds dont on s'est constamment servi est trop court. Ces motifs m'ont porté à faire usage d'un gnomon de 4o pieds et à prendre le centre de l'image. » Gaubil, dont nous tenons ces dé-