LIVRE V. ~ CHAPITRE III
tails, nous a communiqué plusieurs de ces observations faites depuis 1^77 jusqu'en 1280; elles sont précieuses par leur exactitude, et prouvent d'une manière incontestable les diminutions de Tobliquité de Técliptique et de Texcentricité de l'orbe terrestre, depuis cette époque jusqu'à nos jours. Gocheou-King détermina avec une précision remarquable la position du solstice d'hiver par rapport aux étoiles en 1280; il le faisait coïncider avec l'apogée du Soleil, ce qui avait eu lieu trente ans auparavant ; la grandeur qu'il supposait à l'année est exactement celle de notre année grégorienne. Les méthodes chinoises pour le calcul des éclipes sont inférieures à celles des Arabes et des Perses ; les Chinois n'ont point profité des connaissances acquises par ces peuples, malgré leurs communications fréquentes avec eux ; ils ont étendu à l'Astronomie elle-même l'attachement constant qu'ils portent à leurs anciens usages.
L'histoire de l'Amérique avant sa conquête par les Espagnols nous offre quelques vestiges d'Astronomie ; car les notions les plusélémentaires de cette science ont été chez tous les peuples les premiers fruits de leur civilisation. Les Mexicains avaient, au lieu de la semaine, une petite période de cinq jours ; leurs mois étaient chacun de vingt jours, et dix-huit de ces mois formaient leur année, qui commençait au solstice d'hiver et à laquelle ils ajoutaient cinq jours complémentaires. Il y a lieu de penser qu'ils composaient de la réunion de cent quatre ans un grand cycle, dans lequel ils intercalaient vingt-cinq jours. Cela suppose une durée de l'année tropique plus exacte que celle d'Hipparque, et, ce qui est remarquable, elle est la même à très peu près que l'année des astronomes d'Almamon. Les Péruviens et les Mexicains observaient avec soin les ombres du gnomon aux solstices et aux équinoxes ; ils avaient même élevé pour cet objet des colonnes et des pyramides. Cependant, quand on considère la difficulté de parvenir à une détermination aussi exacte de la longueur de l'année, on est porté à croire qu'elle n'est pas leur ouvrage et qu'elle leur est venue de l'ancien continent. Mais de quel peuple et par quels moyens lont-ils reçue ? Pourquoi, si elle leur a été transmise par le nord de l'Asie, ont-ils une
division du temps si différente de celles qui ont été en usage dans cette partie du monde? Ce sont des questions qu'il parait impossible de résoudre.
Il existe» dans les nombreux manuscrits que renferment nos bibliothèques, beaucoup d'observations anciennes encore inconnues, qui répandraient un grand jour sur l'Astronomie, et spécialement sur les inégalités séculaires des mouvements célestes. Leur recherche doit fixer l'attention des savants versés dans les langues orientales ; car les grandes variations du Système du Monde ne sont pas moins intéres^ santés à connaître que les révolutions des empires. La postérité, qui pourra comparer une longue suite d'observations très exactes à la théorie de la pesanteur universelle, jouira de leur accord beaucoup mieux que nous, à qui l'antiquité n'a laissé que des observations le plus souvent incertaines. Mais ces observations, soumises à une saine critique, peuvent, du moins en partie, compenser par leur nombre les erreurs dont elles sont susceptibles et nous tenir lieu d'observations précises, de même qu'en Géographie, pour fixer la position des lieux, on supplée les observations astronomiques en comparant entre elles les diverses relations des voyageurs. Ainsi, quoique le tableau que nous offre la série des observations depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours soit fort imparfait, cependant on y voit d'une manière très sensible les variations de Texcentricité de l'orbe terrestre et de la position de son périgée, celles des mouvements séculaires de la Lune par rapport à ses nœuds, à son périgée et au Soleil, enfin les variations des éléments des orbes planétaires. La diminution successive de l'obliquité de Técliptique pendant près de trois mille ans est surtout remarquable dans la comparaison des observations de Tcheou-Kong, de Pytheas, d*Ebn-Junis, de Cocheou-King, d'Ulogh-Beigh et des modernes.