‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 240 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE IV. kd · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE IV. kd

convaincu de plus en plus, par ses observations, du mouvement de la Terre, médita longtemps un nouvel ouvrage, dans lequel il se proposait d'en développer les preuves. Mais, pour se dérober à la persécution dont il avait failli être victime, il imagina de les présenter sous la forme de dialogues entre trois interlocuteurs dont Tun défendait le système de Copernic, combattu par un péripatéticien. On sent que tout l'avantage restait au défenseur de ce système ; mais Galilée ne prononçant point entre eux, et faisant valoir autant qu'il était possible les objections des partisans de Ptolémée, devait s'attendre à jouir de la tranquillité que lui méritaient ses travaux et son grand âge. Le succès de ces dialogues et la manière triomphante avec laquelle toutes les difficultés contre le mouvement de la Terre y étaient résolues réveillèrent l'Inquisition. Galilée, à l'âge de soixante-dix ans, fut de nouveau cité à ce tribunal. La protection du grand-duc de Toscane ne put empêcher qu'il y comparût. On l'enferma dans une prison, où l'on exigea de lui un second désaveu de ses sentiments, avec menace de la peine de relaps, s'il continuait d'enseigner la même doctrine. On lui fit signer cette formule d'abjuration : Moi, Galilée, à la soixante^ixième année de mon âge, constitué personnellement en justice^ étant à genoux, et ayant devant les yeux les saints évangiles^ que je touche de mes propres mains; d'un cœur et d'une foi sincères 9 j'abjure ^ je nuuidis et je déteste l'erreur, C hérésie du mouvement de la Terre, etc. Quel spectacle que celui d'un vieillard, illustre par une longue vie consacrée tout entière à l'étude de la nature, abjurant à genoux, contre le témoignage de sa conscience, la vérité qu'il avait prouvée avec évidence ! Emprisonné pour un temps illimité, par un décret de l'Inquisition, il fut redevable de son élargissement aux sollicitations du grand-duc; mais, pour l'empêcher de se soustraire au pouvoir de l'Inquisition, on lui défendit de sortir du territoire de Florence. Galilée, né à Pise en i564f annonça Ide bonne heure les grands talents qu'il développa dans la suite. La Mécanique lui doit plusieurs découvertes, dont la plus importante est sa théorie du mouvement des graves; elle est le plus beau monument de son génie. 11 était occupé de la libration de la Lune lorsqu'il perdit

la vue; trois ans après, en 1642, il mourut à Ârcetri, regretté de l'Europe entière, éclairée par ses travaux et indignée du jugement porté contre un si grand homme, par un odieux tribunal.

Pendant que ces choses se passaient en Italie, Kepler dévoilait en Allemagne les lois des mouvements planétaires. Mais, avant que d'exposer ses découvertes, il convient de remonter plus haut et de faire connaître les progrès de TÂstronomie dans le nord de l'Europe, depuis la mort de Copernic.

L'histoire de cette science nous offre à cette époque un grand nombre d'excellents observateurs. L'un des plus illustres fut Guillaume IV, landgrave de Hesse-Cassel. Il fit bâtir à Cassel un observatoire, qu'il munit d'instruments travaillés avec soin, et avec lesquels il observa longtemps lui-même. Il s'attacha deux astronomes distingués, Rothman et Juste Bûrgi, et Tycho fut redevable à ses pressantes sollicitations des avantages que lui procura Frédéric, roi de Danemark.

Tycho Brahe, l'un des plus grands observateurs qui aient existé, naquit à la fin de i546, à Knudstrup en Scanie. Son goût pour l'Astronomie se manifesta dès l'âge de quatorze ans, à l'occasion d'une éclipse arrivée en i56o. A cet âge où il est si rare de réfléchir, la justesse du calcul par lequel on avait prédit ce phénomène lui inspira le vif désir d'en connaître les principes, et ce désir s'accrut encore par les oppositions qu'il éprouva de la part de son gouverneur et de sa famille. Il voyagea en Allemagne, où il contracta des liaisons de correspondance et d'amitié avec les savants et les amateurs les plus distingués de l'Astronomie, et particulièrement avec le landgrave de Uesse-Cassel, qui le reçut de la manière la plus flatteuse. De retour dans sa patrie, il y fut fixé par Frédéric, son souverain, qui lui donna la petite île de Hveen, à l'entrée de la mer Baltique. Tycho y fit bâtir un observatoire célèbre sous le nom à! Uranibourg ; là, pendant un séjour de vingt et un ans, il fit un nombre prodigieux d'observations, et plusieurs découvertes importantes. A la mort de Frédéric, l'envie déchaînée contre Tycho le força d'abandonuer sa retraite. Son retour à Copenhague n'assouvit point la rage de ses persécuteurs; un ministre (son nom, comme celui

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