‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 241 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE IV. k · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE IV. k

de tous les hommes qui ont abusé du pouvoir pour arrêter le progrès de la raison, doit être livré au mépris de tous les âges), Walcbondorp, lui fit défendre de continuer ses observations. Heureusement Tycbo retrouva un protecteur puissant dans Tempereur Rodolphe II, qui se l'attacha par une pension considérable et lui donna un observatoire à Prague. Une mort imprévue l'enleva dans cette ville, le ^4 octobre 1601 , au milieu de ses travaux, et dans un âge ou il pouvait encore rendre à l'Astronomie de grands services.

De nouveaux instruments inventés, et des perfections nouvelles ajoutées aux anciens; une précision beaucoup plus grande dans les observations; un Catalogue d'étoiles, fort supérieur à ceux d'Hipparque et d'Ulugh-Beigh; la découverte de l'inégalité de la Lune qu'il nomma variation, celle des inégalités du mouvement des nœuds et de l'inclinaison de l'orbe lunaire; la remarque importante que les comètes se meuvent fort au delà de cet orbe; une connaissance plus parfaite des réfractions astronomiques; enfin, des observations très nombreuses des planètes, qui ont servi de base aux lois de Kepler : tels sont les principaux services que Tycho Brahe a rendus à l'Astronomie. L'exactitude de ses observations, à laquelle il fut redevable de ses découvertes sur le mouvement lunaire, lui fit connaître encore que l'équation du temps, relative au Soleil et aux planètes, n'était point applicable à la Lune, et qu'il fallait en retrancher la partie dépendante de l'anomalie du Soleil et même une quantité beaucoup plus grande. Kepler, porté par son imagination à rechercher les rapports et la cause des phénomènes, pensa que la vertu motrice du Soleil fait tourner la Terre plus rapidement sur elle-même dans son périhélie que dans son aphélie. L'effet de cette variation du mouvement diurne ne pouvait être reconnu, par les observations de Tycho, que dans le mouvement de la Lune, où il est treize fois plus considérable que dans celui du Soleil. Mais les horloges, perfectionnées par l'application du pendule, ayant fait voir que cet eifet est nul dans ce dernier mouvement et que la rotation de la Terre est uniforme, Flamsteed transporta à la Lune elle-même l'inégalité dépendante de l'anomalie du Soleil et que l'on avait regardée comme

apparente. Cette inégalité, dont on doit à Tycho le premier aperçu, est celle que l'on nomme équation armuelle. On voit par cet exemple comment Tobservation, en se perfectionnant, nous découvre des inégalités jusqu'alors enveloppées dans ses erreurs. Les recherches de Kepler en offrent un exemple encore plus remarquable. Ayant fait voir, dans son Commentaire sur Mars, que les hypothèses de Ptolémée s'écartaient nécessairement des observations de Tycho de huit minutes sexagésimales, il ajoute : « Cette différence est plus petite que l'incertitude des observations de Ptolémée, incertitude qui, de l'aveu de cet astronome, était au moins de dix minutes. Mais la bonté divine nous ayant fait présent dans Tycho Brahe d'un très exact observateur, il est juste de reconnaître ce bienfait de la divinité, et de lui en rendre grâces. Convaincus maintenant de l'erreur des hypothèses dont nous venons de faire usage, nous devons employer tous nos efforts pour découvrir les lois véritables des mouvements célestes. Ces huit minutes, qu'il n'est plus permis de négliger, m'ont mis sur la voie pour réformer toute l'Astronomie, et sont la matière de la plus grande partie de cet ouvrage. » Frappé des objections que les adversaires de Copernic opposaient au mouvement de la Terre, et peut-être entraîné par la vanité de donner son nom à un système astronomique, Tycho Brahe méconnut celui de la nature. Suivant lui, la Terre est immobile au centre de l'univers; tous les astres se meuvent, chaque jour, autour de l'axe du monde, et le Soleil, dans sa révolution annuelle, emporte avec lui les planètes. Dans ce système qui, selon l'ordre naturel des idées, aurait dû précéder celui de Copernic, les apparences sont les mêmes que dans la théorie du mouvement de la Terre. On peut généralement considérer tel point que l'on veut, par exemple, le centre de la Lune, comme immobile, pourvu que l'on transporte, en sens contraire, à tous les astres le mouvement dont il est animé. Mais n'esl-il pas physiquement absurde de supposer la Terre sans mouvement dans l'espace, tandis que le Soleil entraine les planètes au milieu desquelles elle est comprise? La distance de la Terre au Soleil, si bien d'accord avec la durée de sa révolution, dans l'hypothèse de son mouvement, pouvait-elle laisser

Page 1