‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 245 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE IV. 4fc · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE IV. 4fc

aimants, en parcourant pour se joindre des espaces réciproques à leurs masses. Si la Terre et la Lune n'étaient pas retenues à la distance qui les sépare par une force animale ou par quelque autre force équivalente, elles tomberaient Tune sur l'autre, la Lune faisant les U du chemin et la Terre faisant le reste, en les supposant égalementdenses.

» Si la Terre cessait d'attirer les eaux de l'Océan, elles se porteraient sur la Lune, en vertu de la force attractive de cet astre.

» Cette force, qui s'étend jusqu'à la Terre, y produit les phénomènes du flux et du reflux de la mer. »

Ainsi l'important Ouvrage que nous venons de citer contient les premiers germes de la Mécanique céleste, que Newton et ses successeurs ont si heureusement développés.

On doit être étonné que Kepler n'ait pas appliqué aux comètes les loisdu mouvement elliptique. Mais, égaré par une imagination ardente, il laissa échapper le fil de l'analogie qui devait le conduire à cette grande découverte. Les comètes, suivant lui, n'étant que des météores engendrés dans l'éther, il négligea d'étudier leurs mouvements, et il s'arrêta au milieu de la carrière qu'il avait ouverte, laissant à ses successeurs une partie de la gloire qu'il pouvait encore acquérir. De son temps on commençait à peine à entrevoir la méthode de procéder dans la recherche de la vérité, à laquelle le génie ne parvenait que par instinct et en y mêlant souvent beaucoup d'erreurs. Au lieu de s'élever péniblement, par une suite d'inductions, des phénomènes particuliers à d'autres plus étendus et de ceux-ci aux lois générales de la nature, il était plus agréable et plus facile de subordonner tous les phénomènes à des rapports de convenance et d'harmonie, que l'imagination créait et modifiait a son gré. Ainsi Kepler expliqua la disposition du système solaire par les lois de l'harmonie musicale. Il est affligeant pour l'esprit humain de voir ce grand homme, même dans ses derniers Ouvrages, se plaire avec délices dans ces chimériques spéculations, et les regarder comme l'âme et la vie de l'Astronomie. Leur mélange avec ses véritables découvertes fut, sans doute, la cause pour laquelle les astronomes de son temps. Descartes lui-même et Galilée, qui pouvaient tirer

le parti le plus avantageux de ses lois, ne paraissent pas en avoir senti l'importance. Galilée pouvait allégoer en faveur da mouvement de la Terre Tune des plus fortes preuves de ce mouvement, sa conformité avec les lois du mouvement elliptique de toutes les planètes, et surtout avec le rapport du carré des temps des révolutions au cube des moyennes distances au Soleil.

Mais ces lois ne furent généralement admises qu'après que Newton en eut fait la base de sa théorie du système du monde.

L'Astronomie doit encore à Kepler plusieurs travaux utiles : ses Ouvrages sur l'Optique sontpleinsde choses neuveset intéressantes. Ily perfectionne le télescope et sa théorie ; il y explique le mécanisme de la vision, inconnu avant lui; il y donne la vraie cause de la lumière cendrée de la Lune; mais il en fait hommage à son maître Mœstlin, recommandable par cette découverte, et pour avoir rappelé Kepler à l'Astronomie et converti Galilée au système de Copernic. Enfin, Kepler dans son Ouvrage intitulé : Stereometria doliorum^ présenta sur l'infini des vues qui ont influé sur la révolution que la Géométrie a éprouvée à la fin de l'avanl-demier siècle, et Fermât, que l'on doit regarder comme le véritable inventeur du Calcul différentiel, a fondé sur elles sa belle méthode des maxima.

Avec autant de droits à l'admiration, ce grand homme vécut dans la misère, tandis que l'Astrologie judiciaire, partout en honneur, était magnifiquement récompensée. Heureusement la jouissance de la vérité qui se dévoile à l'homme de génie et la perspective de la postérité juste et reconnaissante le consolent de l'ingratitude de ses contemporains. Kepler avait obtenu des pensions qui lui furent toujours mal payées. Étant allé à la diète de Ratisbonne pour en solliciter les arrérages, il mourut dans cette ville, le i5 novembre i63i. Il eut dans ses dernières années l'avantage de voir naître et d'employer la découverte des logarithmes, due à Neper, baron écossais, artifice admirable ajouté à l'ingénieux algorithme des Indiens, et qui, en réduisant à quelques jours le travail de plusieurs mois, double, si l'on peut ainsi dire, la vie des astronomes et leur épargne les erreurs et les dégoûts inséparables

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