‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 246 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE IV. Uï · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE IV. Uï

des longs calculs; invention d'autant plus satisfaisante pour l'esprit humain, qu'il l'a tirée en entier de son propre fonds : dans les arts» l'homme se sert des matériaux et des forces de la nature pour accroître sa puissance; mais ici, tout est son ouvrage.

Les travaux d'Huygens suivirent de près ceuxde Kepler et de Galilée. Très peu d'hommes ont aussi bien mérité des sciences par l'importance et la sublimité de leurs recherches. L'application du pendule aux horloges est un des plus beaux présents que l'on ait faits à l'Astronomie et à la Géographie» qui sont redevables de leurs progrès rapides à cette heureuse invention et à celle du télescope, dont il perfectionna considérablement la pratique et la théorie. Il reconnut, au moyen des excellent objectifs qu'il parvint à construire, que les singulières apparences de Saturne sont produites par un anneau fort mince dont cette planète est entourée. Son assiduité à les observer lui fit découvrir un des satellites de Saturne. 11 publia ces deux découvertes dans son Systema Saturmum ^ Ouvrage qui contient encore quelques traces de ces idées pythagoriciennes dont Kepler avait tant abusé, mais que le véritable esprit des sciences, qui dans ce beau siècle fit de si grands progrès, a pour toujours effacées. Le satellite de Saturne égalait le nombre des satellites à celui des planètes alors connues ; Huygens, jugeant cette égalité nécessaire à l'harmonie du système du monde, osa presque affirmer qu'il ne restait plus de satellites à découvrir, et peu d'années après, Cassini en reconnut quatre nouveaux à la même planète. La Géométrie, la Mécanique et l'Optique doivent à Huygens un grand nombre de découvertes, et si ce rare génie eût eu l'idée de combiner ses théorèmes sur la force centrifuge avec ses belles recherches sur les développées et avec les lois de Kepler, il eût enlevé à Newton sa théorie des mouvements curvilignes et celle de la pesanteur universelle. Mais c'est dans de semblables rapprochements que consistent les découvertes.

Dans le même temps, Hevelius se rendit célèbre par d'immenses travaux, et spécialement par ses observations sur les taches et la libration de la Lune. Il a existé peu d'observateurs aussi infatigables; on regrette qu'il n'ait pas voulu adopter l'application des lunettes au quart

de cercle, invention qui, en donnant aux observations une précision jusqu'alors inconnue, a rendu la plupart de celles d'Hevelius inutiles à l'Astronomie.

A cette époque, l'Astronomie prit un nouvel essor par l'établissement des sociétés savantes. La nature est tellement variée dans ses productions et dans ses phénomènes, il est si difficile d'en pénétrer les causes, que, pour la connaître et la forcer à nous dévoiler ses lois, il faut qu'un grand nombre d'hommes réunissent leurs lumières et leurs efforts. Cette réunion devient surtout nécessaire quand , le progrès des sciences multipliant leurs points de contact et ne permettant plus à un seul homme de les approfondir toutes, elles ne peuvent recevoir que de plusieurs savants les secours mutuels qu'elles se demandent. Alors le physicien a recours au géomètre pour s'élever aux causes générales des phénomènes qu'il observe, et le géomètre interroge à son tour le physicien pour rendre ses recherches utiles en les appliquant à l'expérience et pour se frayer par ces applications mêmes de nouvelles routes dans l'Analyse. Mais le principal avantage des Académies est l'esprit philosophique qui doit s'y introduire et de là se répandre dans toute une nation et sur tous les objets. Le savant isolé peut se livrer sans crainte à l'esprit de système; il n'entend que de loin la contradiction qu'il éprouve. Mais dans une société savante le choc des opinions systématiques finit bientôt par les détruire, et le désir de se convaincre mutuellement établit nécessairement entre les membres la convention de n'admettre que les résultats de l'observation et du calcul. Aussi l'expérience a-t-elle montré que, depuis l'origine des Académies, la vraie philosophie s'est généralement répandue. En donnant l'exemple de tout soumettre à l'examen d'une raison sévère, elles ont fait disparaître les préjugés qui trop longtemps avaient régné dans les sciences, et que les meilleurs esprits des siècles précédents avaient partagés. Leur utile influence sur l'opinion a dissipé des erreurs accueillies de nos jours avec un enthousiasme qui, dans d'autres temps, les aurait perpétuées. Également éloignées de la crédulité, qui fait tout admettre, et de la prévention, qui porte à rejeter tout ce qui s'écarte

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