‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 248 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE IV

rai enfin Bradley, le modèle des observateurs, et célèbre à jamais par deux des plus belles découvertes que Ton ait faites en Astronomie : Taberration des fixes et la nutation de Taxe de la Terre.

Quand l'application du pendule aux horloges et du télescope au quart de cercle eut rendu sensibles aux observateurs les plus petits changements dans la position des corps célestes, ils cherchèrent à déterminer la parallaxe annuelle des étoiles; car il était naturel de penser qu'une aussi grande étendue que le diamètre de l'orbe terrestre est encore sensible à la distance de ces astres. En les observant avec soin dans toutes les saisons de l'année, ils aperçurent de légères variations, quelquefois favorables, mais le plus souvent contraires aux effets de la parallaxe. Pour déterminer la loi de ces variations, il fallait un instrument d'un grand rayon et divisé avec un soin extrême. L'artiste qui l'exécuta mérite une part dans la gloire de l'Astronomie qui lui dut ses découvertes. Graham, fameux horloger anglais, construisit un grand secteur, avec lequel Bradley reconnut en 1727 l'aberration des étoiles. Pour l'expliquer, ce grand astronome eut l'heureuse idée de combiner le mouvement de la Terre avec celui de la lumière, que Roemer, à la fin de l'avant-dernier siècle, avait conclu des éclipses des satellites de Jupiter. On doit être surpris que, dans l'intervalle d'un demi-siècle qui sépare cette découverte de celle de Bradley, aucun des savants très distingués qui existaient alors, et qui tous admettaient le mouvement de la lumière, n'ait fait attention aux effets très simples qui en résultent sur la position des étoiles. Mais Tesprit humain, si actif dans la formation des systèmes, a souvent attendu que l'observation et l'expérience lui aient fait connaître d'importantes vérités que le simple raisonnement eût pu faire découvrir. C'est ainsi que l'invention des lunettes astronomiques a suivi de plus de trois siècles celle des verres lenticulaires, et n'a même été due qu'au hasard.

Ëa 174^1 Bradley reconnut par l'observation la nutation de l'axe terrestre et ses lois. Dans toutes ces variations apparentes des étoiles, observées avec un soin extraordinaire, il n'aperçut rien qui indiquât une parallaxe sensible. On doit encore à ce grand astronome le pre-

mier aperçu des principales inégalités des satellites de Jupiter, que Wargentin ensuite a développées avec étendue. Enfin il a laissé un recueil immense d'observations de tous les phénomènes que le ciel a présentés vers le milieu du dernier siècle, pendant plus de dix années consécutives. Le grand nombre de ces observations et la précision qui les distingue font de ce recueil l'un des principaux fondements de l'Astronomie moderne, et l'époque d'où l'on doit partir maintenant dans les recherches délicates de la Science. Il a servi de modèle a plusieurs recueils semblables, qui, successivement perfectionnés par les progrès des arts, sont autant de jalons placés sur la route des corps célestes, pour en marquer les changements périodiques et séculaires.

 la même époque, fleurirent La Caille, en France, et Tobie Mayer, en Allemagne; observateurs infatigables et laborieux calculateurs, ils ont perfectionné les théories et les Tables astronomiques, et ils ont formé sur leurs propres observations des Catalogues d'étoiles qui, comparés à celui de Bradley, fixent avec une grande exactitude l'état du ciel au milieu du dernier siècle.

Les mesures des degrés des méridiens terrestres et du pendule, multipliées dans les diverses parties du globe, opération dont la France a donné l'exemple, en mesurant l'arc total du méridien qui la traverse et en envoyant des Académiciens au nord et a l'équateur pour y observer la grandeur de ces degrés et l'intensité de la pesanteur; l'arc du méridien compris entre Dunkerque et Formentera, déterminé par des observations très précises et servant de base au système des mesures le plus naturel et le plus simple; les voyages entrepris pour observer les deux passages de Vénus sur le Soleil, en 1761 et 1769, et la connaissance très approchée des dimensions du système solaire, fruit de ces voyages; Finvention des lunettes achromatiques, des montres marines, de l'octant, et du cercle répétiteur trouvé par Mayeret perfectionné par Borda; la formation par Mayer de Tables lunaires assez exactes pour servir à la détermination des longitudes à la mer; la découverte de la planète Uranus, faite par Herschel en 1781; celle de ses satellites et de deux nouveaux satellites de Saturne, due au même ob-

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