LIVRE V. - CHAPITRE IV. U
des idées reçues, elles ont toujours, sur les questions difficiles et sur les phénomènes extraordinaires, sagement attendu les réponses de l'observation et de Texpérience, en les provoquant par des prix et par leurs propres travaux. Mesurant leur estime autant à la grandeur et à la difficulté d'une découverte qu'à son utilité immédiate, et persuadées par beaucoup d'exemples que la plus stérile en apparence peut avoir un jour des suites importantes, elles ont encouragé la recherche de la vérité sur tous les objets, n'excluant que ceux qui, par les bornes de l'entendement humain, lui seront à jamais inaccessibles ('). Enfin c'est de leur sein que se sont élevées ces grandes théories que leur généralité met au-dessus de la portée du vulgaire, et qui, se répandant par de nombreuses applications sur la nature et sur les arts, sont devenues d'inépuisables sources de lumières et de jouissances. Les gouvernements sages, convaincus de l'utilité des sociétés savantes et les envisageant comme l'un des principaux fondements de la gloire et de la prospérité des empires, les ont instituées et placées près d'eux, pour s'éclairer de leurs lumières, dont souvent ils ont retiré de grands avantages.
De toutes les sociétés savantes, les deux plus célèbres par le grand nombre et par l'importance des découvertes dans l'Astronomie sont l'Académie des Sciences de Paris et la Société Royale de Londres. La première tut créée en 1666 par Louis XIV, qui pressentit l'éclat que les sciences et les arts devaient répandre sur son règne. Ce monarque, dignement secondé par Colbert, invita plusieurs savants étrangers à venir se fixer dans sa capitale. Huygens se rendit à cette invitation flatteuse ; il publia dans le sein de l'Académie, dont il fut un des premiers membres, son admirable ouvrage De Horologio osciUatorio.
Dominique Cassini fut pareillement attiré à Paris par les bienfaits de Louis XIV. Pendant quarante ans d'utiles travaux, il enrichft l'Astronomie d'une foule de découvertes : telles sont la théorie des satellites de Jupiter, dont il détermina les mouvements, par les observations
( > ) Tout bon esprit doit, sur les objets inaccessibles, dire avec Montaigne que V ignorance et Vincurioiité sont un mol et dottx c/ievet jfour reposer une tête bien faite,
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(le leurs éclipses; la découverte de quatre satellites de Saturne, de la rotation de Jupiter et de Mars, de la lumière zodiacale; la connaissance Tort approchée de la parallaxe du Soleil; une table de réfractions très exacte, et surtout la théorie complète de la libration de la Luue. Galilée n'avait considéré que la libration en latitude; Hevelius expliqua la libration en longitude, en supposant que la Lune présente toujours la même face au centre de Torbe lunaire, dont la Terre occupe un des foyers. Newton, dans une lettre adressée à Mercator en 1675, perfectionna Texplication d*Hevelius, en la ramenant à Tidée simple d'une rotation uniforme de la Lune sur elle-même, pendant qu'elle se meut inégalement autour de la Terre; mais U supposait avec Hevelius l'axe de rotation toujours perpendiculaire à l'écliptique. Cassini reconnut par ses propres observations qu'il lui était un peu incliné d*un angle constant, et pour satisfaire à la condition déjà observée par Hevelius, suivant laquelle toutes les inégalités de la libration se rétablissent à chaque révolution des nœuds de l'orbe lunaire, il fit coïncider constamment avec eux les nœuds de Téquateur lunaire. Tel a été le progrès des idées sur un des points les plus curieux du système du monde.
I^ grand nombre des Académiciens astronomes d*un rare mérite et les bornes de ce précis historique ne me permettent pas de rendre compte de leurs travaux. Je mécontenterai d'observer que Tapplication du télescope au quart de cercle, Tinvention du micromètre et de rhéliomètre, la propagation successive de la lumière, la grandeur de la Terre et la diminution de la pesanteur à Téquateur sont autant de découvertes sorties du sein de TAcadémie des Sciences.
L'Astronomie n'est ps moins redevable à la Société Royale de Londres, dont l'origine est de quelques années antérieure à celle de rAoadémie des Sciences. Parmi les Astronomes qu'elle a produits, je citerai Flamsteed, l'un des plus grands observateurs qui aient paru: Halley, illustre par des voyages entrepris pour l'avancement des S(Mences« par son beau travail sur les comètes, qui lui fit découvrir le retour de la comète de 17^9, et l'idée ingénieuse d'employer les passages de Vénus sur le Soleil à la détermination de sa parallaxe. Je cite-