‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 255 sur 295 · LIVRE V. -. CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

LIVRE V. -. CHAPITRE V. i

connaître dans la chute d'un corps le principe de la pesanteur universelle. Les savants anglais ses contemporains adoptèrent, à son exemple, la méthode des inductions, qui devint alors la base d'un grand nombre d'excellents Ouvrages sur la Physique et sur l'Analyse. Les philosophes de l'antiquité, suivant une route contraire et se plaçant à la source de tout, imaginèrent des causes générales pour tout expliquer. Leur méthode, qui n'avait enfanté que de vains systèmes, n'eut pas plus de succès entre les mains de Descartes. Au temps de Newton, Leibnitz, Malebranche et d'autres philosophes l'employèrent avec aussi peu d'avantages. Enfin, l'inutilité des hypothèses qu'elle a fait imaginer, et les progrès dont les sciences sont redevables à la méthode des inductions ont ramené les bons esprits à cette méthode, que le chancelier Bacon avait établie avec toute la force de la raison et de l'éloquence, et que Newton a plus fortement encore recommandée par ses découvertes.

A l'époque où elles parurent. Descartes venait de substituer aux

qualités occultes des péripatéticiens les idées intelligibles de mouvement, d'impulsion et de force centrifuge. Son ingénieux système des tourbillons, fondé sur ces idées, avait été avidement reçu des savanb^ que rebutaient les doctrines obscures et insignifiantes de l'École, et ils crurent voir renaître dans l'attraction universelle ces qualités occultes que le philosophe français avait si justement proscrites. Ce ne fut qu'après avoir reconnu le vague des explications cartésiennes, que l'on envisagea l'attraction comme Newton l'avait présentée, c'està-dire, comme un fait général auquel il s'était élevé par une suite d'inductions, et d'où il était redescendu pour expliquer les mouvements célestes. Ce grand homme aurait mérité sans doute le reproche de rétablir les qualités occultes, s'il se fût contenté d'attribuer à l'attraction universelle le mouvement elliptique des planètes et des comètes, les inégalités du mouvement de la Lune, celles des degrés terrestres et de la pesanteur, la précession des équinoxes et le flux et reflux de la mer, sans montrer la liaison do son principe avec les phénomènes. Mais les géomètres, en rectifiant et en généralisant ses démonstrations, ayant

trouvé le plus parfait accord entre les observations et les résultats de l'Analyse, ils ont unanimement adopté sa théorie du système du monde, devenue par leurs recherches la base de toute l'Astronomie. Cette liaison analytique des faits particuliers avec un fait général est ce qui constitue une théorie.

C'est ainsi qu'ayant déduit par un calcul rigoureux tous les effets de la capillarité du seul principe d'une attraction mutuelle entre les molécules de la matière, qui ne devient sensible qu'à des distances imperceptibles, nous pouvons nous flatter d'avoir la vraie théorie de ce phénomène. Quelques savants, frappés des avantages produits par l'admission de principes dont les causes sont inconnues, ont ramené dans plusieurs branches des sciences naturelles les qualités occultes des anciens et leurs explications insignifiantes. Envisageant la philosophie newtonienne sous le même point de vue qui la fit rejeter des Cartésiens, ils lui ont assimilé leurs doctrines, qui n'ont cependant rien de commun avec elle dans le point le plus important, l'accord rigoureux des résultats avec les phénomènes.

C'est au moyen de la synthèse que Newton a exposé sa théorie du système du monde. Il parait cependant qu'il avait trouvé la plupart de ses théorèmes par l'Analyse, dont il a reculé les limites et à laquelle il convient lui-même qu'il était redevable de ses résultats généraux sur les quadratures. Mais sa prédilection pour la synthèse et sa grande estime pour la géométrie des anciens lui firent traduire sous une forme synthétique ses théorèmes et sa méthode même des fluxions, et l'on voit, par les règles et par les exemples qu'il a donnés de ces traductions, combien il y attachait d'importance. On doit regretter, avec les géomètres de son temps, qu'il n'ait pas suivi dans l'exposition de ses découvertes la route par laquelle il y était parvenu et qu'il ait supprimé les démonstrations de plusieurs résultats, paraissant préférer le plaisir de se faire deviner à celui d'éclairer ses lecteurs. La connaissance de la méthode qui a guidé l'homme de génie n'est pas moins utile aux progrès de la Science et même à sa propre gloire que ses découvertes ; cette méthode en est souvent la partie la plus intéressante,

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