‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 259 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE V. Wl · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE V. Wl

Les phénomènes célestes peuvent se partager en trois classes. La première embrasse tous ceux qui ne dépendent que de la tendance des centres des corps célestes les uns vers les autres : tels sont les mouvements elliptiques des planètes et des satellites et leurs perturbations réciproques, indépendantes de leurs figures. Je comprends dans la seconde classe les phénomènes qui tiennent à la tendance des molécules des corps attirés vers les centres des corps attirants, tels que le flux et reflux de la mer, la précession des équinoxes et la libration de la Lune. Enfin je mets dans la troisième classe les phénomènes dépendants de Faction des molécules des corps attirants sur les centres des corps attirés et sur leurs propres molécules. Les deux inégalités lunaires dues à l'aplatissement de la Terre, les mouvements des orbes des satellites de Jupiter et de Saturne, la figure de la Terre et la variation de la pesanteur à sa surface sont des phénomènes de ce genre. Les géomètres qui, pour expliquer la gravité , entouraient d'un tourbillon chaque corps céleste, pouvaient admettre les théories newtoniennes relatives aux phénomènes des deux premières classes; mais ils devaient rejeter, comme le fit Huygens, les théories des phénomènes de la troisième classe, fondées sur l'action des molécules des corps attirants. L'accord parfait de ces théories avec toutes les observations ne doit maintenant laisser aucun doute sur Tattraction de molécule à molécule. La loi de Kattraction réciproque au carré de la distance est celle des émanations qui partent d'un centre. Elle parait être la loi de toutes les forces dont l'action se fait apercevoir à des distances sensibles, comme on l'a reconnu dans les forces électriques et magnétiques. Ainsi cette loi, répondant exactement à tous les phénomènes, doit être regardée, par sa simplicité et par sa généralité, comme rigoureuse. Une de ses propriétés remarquables est que, si les dimensions de tous les corps de l'univers, leurs distances mutuelles et leurs vitesses venaient à croître ou à diminuer proportionnellement, ils décriraient des courbes entièrement semblables à celles qu'ils décrivent; en sorte que l'univers réduit ainsi successivement, jusqu'au plus petit espace imaginable, offrirait toujours les mêmes apparences à ses observateurs. Ces apparences sont

par conséquent indépendantes des dimensions de l'univers, comme, en vertu de la loi de proportionnalité de la force à la vitesse, elles sont indépendantes du mouvement absolu qu'il peut avoir dans l'espace. La simplicité des lois de la nature ne nous permet donc d'observer et de connaître que des rapports ( * ).

La loi de l'attraction donne aux corps célestes la propriété de s'attirer à très peu près comme si leurs masses étaient réunies à leurs centres de gravité; elle donne encore à leurs surfaces et aux orbes qu'ils décrivent la forme elliptique, la plus simple après les formes sphérique et circulaire, que l'antiquité jugea essentielles aux astres et à leurs mouvements.

L'attraction se communique-t-elle dans un instant d'un corps à l'autre ? La durée de sa transmission, si elle était sensible pour nous, se manifesterait principalement par une accélération séculaire dans le mouvement de la Lune. J'avais proposé ce moyen d'expliquer l'accélération que l'on observe dans ce mouvement, et je trouvais que, pour satisfaire aux observations, il fallait attribuer à la force attractive une vitesse sept millions de fois plus grande que celle d'un rayon lumineux. La cause de l'équation séculaire de la Lune, étant aujourd'hui bien connue, nous pouvons affirmer que l'attraction se transmet cinquante millions de fois au moins plus promptement que la lumière. On peut donc, sans craindre aucune erreur sensible, considérer sa transmission comme instantanée.

L'attraction peut encore faire naître et entretenir sans cesse le mouvement dans un système de corps primitivement en repos ; car il n'est

(' ) Les lentatives des géomètres pour démontrer le postulatum d*Euclide sur les parallèles ont élé jusqu'à présent inutiles. Cependant personne ne révoque en doute ce postulatum et les théorèmes qu'Euclide en a déduits. La perception de retendue renferme donc une propriété spéciale, évidente par elle-même et sans laquelle on ne peut rigourcusemeni établir les propriétés des parallèles. L*idée d'une étendue limitée, par exemple du cercle, ne contient rien qui dépende do sa grandeur absolue. Mais, si nous diminuons, par la pensée, son rayon, nous sommes portés invinciblement à diminuer dans le même rapport sacirconférence et les côiés de toutes les figures inscrites. Cette proportionnalité me parait être un postulatuni bien plus naturel que celui d'EucIide; il est curieux de la retrouver dans les résultats do la pesanteur universelle.

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