LIVRE V.- CHAPITRE V
été donnée à la Terre pour Téclairer pendant les nuits, est encore devenue le guide le plus assuré du navigateur, qu'elle garantit des dangers auxquels il fut exposé longtemps par les erreurs de son estime. La perfection de la théorie lunaire, à laquelle il doit ce précieux avantage et celui de fixer avec exactitude la position des lieux où il atterrit, est le fruit des travaux des géomètres depuis un demi-siècle, et pendant ce court intervalle, la Géographie, accrue par l'usage des Tables lunaires et des montres marines, a fait plus de progrès que dans tous les siècles précédents. Ces théories sublimes réunissent ainsi tout ce qui peut donner du prix aux découvertes : la grandeur et Futilité de l'objet, la fécondité des résultats et le mérite de la difficulté vaincue.
Il a fallu, pour y parvenir, perfectionner à la fois la Mécanique, l'Optique, les observations et l'Analyse, qui sont principalement redevables de leurs accroissements rapides aux besoins de la Physique céleste. On pourra la rendre encore plus exacte et plus simple; mais la postérité verra sans doute avec reconnaissance que les géomètres modernes ne lui auront transmis aucun phénomène astronomique dont ils n'aient déterminé les lois et la cause. On doit à la France la justice d'observer que, si l'Angleterre a eu l'avantage de donner naissance à la découverte de la pesanteur universelle, c'est principalement aux géomètres français et aux prix décernés par l'Académie des Sciences que sont dus les nombreux développements de cette découverte et la révolution qu'elle a produite dans l'Astronomie (•).
L'attraction régulatrice du mouvement et de la figure des corps célestes n'est pas la seule qui existe entre leurs molécules; elles obéis-
(1) L'histoire de rAstronomie doit citer avec reconnaissance le nom d'un magistrat, Tun de ses plus utiles bienfaiteurs. En 1714, M. Rouillé de Meslay, conseiller au Parlement de Paris, légua par testament à l'Académie des Sciences une somme considérable pour fonder deux prix annuels sur le perfectionnement des théories astronomiques et les moyens d'obtenir les lon;;itudes à la mer. Ces prix ont été remportes successivement par les plus grand.-^ géomètres étrangers, et les profondes recherches contenues dans leurs pièces couronnéei» par l'Académie ont rempli complètement les vues du fondateur. Un moyen insigniGant d'obtenir les longitudes à la mer, que M. Rouillé de Meslay avait présenté dans son testament, avec réserve, servit de prétexte à ses héritiers pour attaquer ce testament. L'Académie de« Sciences le défendit, et, fort heureusement pour l'Astronomie et pour la Géographie, le procès fui jugé en sa faveur.
sent encore à des forces attractives» dont dépend la constitution intime des corps et qui ne sont sensibles qu'à des distances imperceptibles à nos sens. Newton a donné le premier exemple du calcul de ce genre de forces, en démontrant que, dans le passage de la lumière d'un milieu transparent dans un autre, l'attraction des milieux la réfracte de manière que les sinus de réfraction et d'incidence sont toujours en raison constante, ce que l'expérience avait fait déjà connaître. Ce grand physicien, dans son Traité d'Optique, a fait dériver de semblables forces la cohésion, les affinités, les phénomènes chimiques alors connus et ceux de la capillarité. Il a posé ainsi les vrais principes de la Chimie, dont Tadoption générale a été plus tardive encore que celle du principe de la pesanteur. Cependant il n'a donné qu'une explication imparfaite des phénomènes capillaires, et leur théorie complète a été l'ouvrage de ses successeurs.
Le principe de la pesanteur universelle est-il une loi primordiale de la nature, ou n'est-il qu'un effet général d'une cause inconnue? Ne peut-on pas ramener à ce principe les affinités ? Newton, plus circonspect que plusieurs de ses disciples, ne s'est point prononcé sur ces questions, auxquelles l'ignorance où nous sommes des propriétés intimes de la matière ne permet pas de répondre d'une manière satisfaisante. Au lieu de former sur cela des hypothèses, bornons-nous à présenter quelques réflexions sur ce principe et sur la manière dont il a été employé par les géomètres.
Newton a conclu, de l'égalité de l'action à la réaction, que chaque molécule d'un corps céleste doit l'attirer comme elle en est attirée, et qu'ainsi la pesanteur est la résultante des attractions de toutes les molécules du corps attirant. Le principe de l'action égale à la réaction souffre quelque difficulté lorsque le mode d'action des forces est inconnu. Aussi Huygens, qui avait fait de ce principe la base de ses recherches sur le choc des corps élastiques, ne le trouva pas suffisant pour établir l'attraction de molécule à molécule. II était donc nécessaire de confirmer cette attraction par les obseiTations, afin de ne laisser aucun doute sur ce point important de la théorie newtonienne.