LIVRE I. - CHAPITRE XIV
tion est facile à concevoir. En s'avançant vers le nord, on voit le pôle s'élever de plus en plus; la hauteur méridienne des étoiles situées au nord augmente, et celle des étoiles situées au midi diminue; quelquesunes même deviennent invisibles. La première notion de la courbure de la Terre est due sans doute à l'observation de ces phénomènes, qui ne pouvaient pas manquer de fixer l'attention des hommes dans les premiers âges des sociétés, où l'on ne distinguait les saisons et leurs retours que par le lever et par le coucher des principales étoiles, comparés à ceux du Soleil. L'élévation ou la dépression des étoiles fait connaître l'angle que les verticales, élevées aux extrémités de l'arc parcouru sur la Terre, forment au point de leur concours; car cet angle est évidemment égal à la différence des hauteurs méridiennes d'une même étoile, moins l'angle sous lequel on verrait du centre de l'étoile l'espace parcouru, et l'on s'est assuré que ce dernier angle est insensible. Il ne s'agit plus ensuite que de mesurer cet espace. Il serait long et pénible d'appliquer nos mesures sur une aussi grande étendue; il est beaucoup plus simple d'en lier, par une suite de triangles, les extrémités à celles d'une base de 1 2000™ ou 1 5000*° ; et, vu la précision avec laquelle on peut déterminer les angles de ces triangles, on a très exactement sa longueur. C'est ainsi que l'on a mesuré l'arc du méridien terrestre qui traverse la France. La partie de cet arc, dont l'amplitude est la centième partie de l'angle droit, et dont le milieu répond à 5o° de hauteur du pôle, est de 100000™ a fort peu près.
De toutes les figures rentrantes, la figure sphérique est la plus simple, puisqu'elle ne dépend que d'un seul élément, la grandeur de son rayon. Le penchant naturel a l'esprit humain de supposer aux objets la forme qu'il conçoit le plus aisément le porta donc à donner une forme sphérique à la Terre. Mais la simplicité de la nature ne doit pas toujours se mesurer par celle de nos conceptions. Infiniment variée dans ses effets, la nature n'est simple que dans ses causes, et son économie consiste à produire un grand nombre de phénomènes, souvent très compliqués, au moyen d'un petit nombre de lois générales. La figure de la Terre est un résultat de ces lois qui, modifiées par
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mille circonstances, peuvent l*écarter sensiblement de la sphëre. De petites variations observées dans la mesure des degrés en France indiquaient ces écarts; mais les erreurs inévitables des observations laissaient des doutes sur cet intéressant phénomène, et TAcadémie des Sciences, dans le sein de laquelle cette grande question fut vivement agitée, jugea avec raison que la différence des degrés terrestres, si elle est réelle, se manifesterait principalement dans la comparaison des degrés mesurés à Féquateur et vers les pôles. Elle envoya des académiciens à Téquateur même, et ils y trouvèrent le degré du méridien plus petit que celui de France. D*autres académiciens se transportèrent au nord, oii ils trouvèrent un degré plus grand. Ainsi Taccroissement des degrés des méridiens, de Téquateur aux pôles, fut incontestablement prouvé par ces mesures, et Ton en conclut que la Terre n*est point exactement sphérique.
Ces voyages fameux des académiciens français ayant dirigé vers cet objet Tattention des observateurs, de nouveaux degrés des méridiens furent mesurés en Italie, en Allemagne, en Afrique, dans l'Inde et en Pensylvanie. Toutes ces mesures concourent à indiquer un accroissement dans les degrés, de Téquateur aux pôles.
Le Tableau suivant présente les valeurs des degrés extrêmes mesurés et du degré moyen entre le pôle et Téquateur. Le premier a été mesuré au Pérou par Bouguer et La Condamine. Le second est le résultat de la grande opération nouvellement exécutée pour déterminer la grandeur de Tare qui traverse la France, de Dunkerque à Perpignan, et que Ton a prolongé au sud, jusqu'à Formentera; on Ta joint au nord avec le méridien de Grecnwich, en liant par des triangles les côtes de France à celles d'Angleterre. Cet arc immence, qui embrasse la septième partie de la distance du pôle à Féquateur, a été déterminé avec une précision extrême. Les observations astronomiques et géodésiques ont été faites au moyen de cercles répétiteurs. Deux bases, chacune de plus de laoco", ont été mesurées, l'une près de Melun, l'autre près de Perpignan, par un procédé nouveau, qui ne laisse aucune incertitude; et ce qui confirme la justesse de toutes les opérations, c'est que la