‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 56 sur 295 · DU FLUX ET DU REFLUX DE LÀ MER OU DES VARIATIONS DIURNES DE SA FIGURE · texte numérisé non relu

DU FLUX ET DU REFLUX DE LÀ MER OU DES VARIATIONS DIURNES DE SA FIGURE

Quoique la Terre et les fluides qui la recouvrent aient dû prendre depuis longtemps Tétat qui convient à l'équilibre des forces qui les animent, cependant la Bgure de la mer change à chaque instant du jour par des oscillations régulières et périodiques, connues sous le nom Afflux et reflux de la mer. C'est une chose vraiment étonnante que de voir, dans un temps calme et par un ciel serein, la vive agitation de cette grande masse fluide, dont les flots viennent se briser avec impétuosité contre les rivages. Ce spectacle invite à la réflexion et fait naître le désir d'en pénétrer la cause; mais pour ne pas s'égarer dans de vaines hypothèses, il faut avant tout connaître les lois de ce phénomène, et le suivre dans tous ses détails. Mille causes accidentelles pouvant en altérer la marche, il faut considérer à la fois un grand nombre d'observations, afin que, les eflets des causes passagères venant à se détruire mutuellement, les résultats moyens ne laissent apercevoir que les eflets réguliers. Il faut encore, par une combinaison avantageuse des observations, mettre chacun de ces eflets en évidence. Mais cela ne suffit point. Les résultats des observations étant toujours susceptibles d'erreurs, il est nécessaire de connaître la probabilité que ces erreurs sont renfermées dans des limites données. On sent, il est vrai, que, pour une même probabilité, ces limites sont d'autant plus rapprochées que les observations sont plus nombreuses, et c'est ce qui, dans tous les temps, a porté les observateurs à multiplier les faits et les expériences. Mais cet aperçu général ne détermine

pas le degré de précision des résultats; il ne fait point connaître le nombre des observations nécessaires pour obtenir une probabilité déterminée. Quelquefois même il a fait rechercher la cause de phénomènes qui n'étaient dus qu'au hasard. Le Calcul des probabilités peut seul faire apprécier ces objets, ce qui rend son usage de la plus haute importance dans les sciences physiques et morales.

Au commencement du dernier siècle et sur l'invitation de l'Académie des Sciences, on fit dans nos ports un grand nombre d'observations des marées; elles furent continuées chaque jour à Brest, pendant six années consécutives. La situation de ce port est très favorable à ce genre d'observations. Il communique avec la mer par un vaste et long canal, au fond duquel le port a été construit. Les irrégularités du mouvement de la mer ne parviennent ainsi dans ce port que très affaiblies, à peu près comme les oscillations que les mouvements du vaisseau impriment à la colonne de mercure d'un baromètre sont atténuées par un étranglement du tube de cet instrument. De plus, les marées étant fort grandes à Brest, les variations accidentelles n*en sont qu'une faible partie, et si l'on considère spécialement, comme je l'ai fait, les excès des hautes mers sur les basses mers voisines, les vents, cause principale des irrégularités du mouvement de la mer, ont sur les résultats peu d'influence, parce que, s'ils élèvent une haute mer, ils soulèvent à peu près autant la basse mer qui la suit, ou qui la précède. Aussi l'on remarque dans ces résultats une grande régularité, pour peu que l'on multiplie les observations. Frappé de cette régularité, je priai le gouvernement d'ordonner que l'on fit dans le port (le Brest une nouvelle suite d'obsen^ations des marées, pendant une période entière du mouvement des nœuds de l'orbite lunaire. C'est ce que l'on a bien voulu entreprendre. Ces observations datent de l'année 180G, et elles ont été continuées, chaque jour, sans interruption. En discutant toutes ces observations par la méthode dont je viens de parler, je suis parvenu aux résultats suivants, qui ne laissent aucun doute.

La mer s'élève et s'abaisse deux fois dans chaque intervalle de temps

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