LIVRE II. - CHAPITRE II
diamètre, les éclipses doivent arriver pour nous plus tôt dans le premier cas que dans le second, de tout le temps que la lumière met a traverser l'orbe solaire. La loi des retards observés de ces éclipses répond si exactement à cette hypothèse qu'il n'est pas possible de s'y refuser. Il en résulte^ que la lumière emploie 57 1* à venir du Soleil à la Terre.
Présentement, un observateur immobile verrait les astres suivant la direction de leurs rayons; mais il n'en est pas ainsi dans la supposition où il se meut avec la Terre. Pour ramener ce cas à celui de l'observateur en repos, il suffit de transporter en sens contraire aux astres, à leur lumière et k l'observateur lui-même, le mouvement dont il est animé, ce qui ne change point la position apparente des astres; car c'est une loi générale d'Optique, que, si Ton imprime un mouvement commun à tous les corps d'un système, il n'en résulte aucun changement dans leur situation apparente. Concevons donc qu'au moment ou un rayon lumineux va pénétrer dans l'atmosphère terrestre, on lui donne, ainsi qu'à l'air et à la Terre, un mouvement égal et contraire à celui de l'observateur, et voyons quels phénomènes ce mouvement doit produire dans la position apparente de l'astre dont le rayon émane. On peut faire abstraction du mouvement de rotation de la Terre, environ soixante fois moindre à l'équateur même que celui de la Terre autour du Soleil ; on peut encore supposer ici, sans erreur sensible, tous les rayons lumineux que chaque point du disque d'un astre nous envoie, parallèles entre eux et au rayon qui parviendrait du centre de l'astre à celui de la Terre, si elle était transparente. Ainsi les phénomènes que les astres présenteraient à un observateur placé à ce dernier centre, et qui dépendent du mouvement de la lumière, combiné avec celui de la Terre, sont à très peu près les mêmes pour tous les observateurs répandus sur sa surface. Enfin, nous ferons abstraction de la petite excentricité de l'orbe terrestre. Cela posé :
Dans l'intervalle de 57 1*, que la lumière emploie à parcourir le rayon de l'orbe terrestre, la Terre décrit un petit arc de cet orbe, égal à 63'', 5; or il suit des lois de la composition des mouvements que, si par
le centre d'une étoile on imagine une petite circonférence parallèle à l'écliptique et dont le diamètre soutende dans le ciel un arc de 125'', la direction du mouvement de la lumière» lorsqu'on le compose avec le mouvement de la Terre» appliqué en sens contraire, rencontre cette circonférence au point où elle est coupée par un plan mené par les centres de l'étoile et de la Terre» tangentiellement à l'orbe terrestre; l'étoile doit donc paraître se mouvoir sur cette circonférence et la décrire» chaque année» de manière qu'elle y soit constamment moins avancée de loo'^ que le Soleil dans son orbite apparente.
Ce phénomène est exactement celui que nous avons expliqué dans le onzième Chapitre du premier Livre» d'après les observations de Bradley, à qui l'on doit sa découverte et celle de sa cause. Pour rapporter les étoiles à leur vraie position» il suffit de les placer au centre de la petite circonférence qu'elles nous semblent décrire; leur mouvement annuel n'est donc qu'une illusion produite par la combinaison du mouvement de la lumière avec celui de la Terre. Ses rapports avec la position du Soleil pouvaient faire soupçonner qu'il n'est qu'apparent; mais l'explication précédente le prouve avec évidence. Elle fournit en même temps une démonstration sensible du mouvement de la Terre autour du Soleil» de même que l'accroissement des degrés et de la pesanteur» en allant de l'équateur aux pôles» rend sensible son mouvement de rotation.
L'aberration de la lumière affecte les positions du Soleil» des planètes» des satellites et des comètes» mais d'une manière différente» à raison de leurs mouvements particuliers. Pour les en dépouiller et pour avoir la vraie position des astres» imprimons à chaque instant à tous les corps un mouvement égal et contraire à celui de la Terre» qui par là devient immobile» ce qui» comme nous l'avons dit» ne change ni leurs positions respectives ni leurs apparences. Alors il est visible qu'un astre» au moment où nous l'observons» n'est plus sur la direction du rayon lumineux qui vient frapper notre vue; il s'en est éloigné en vertu de son mouvement réel combiné avec celui de la Terre» qu'on lui suppose transporté en sens contraire. La combinaison ces deux mou-