‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 73 sur 295 · LIVRE II. ~ CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. ~ CHAPITRE II

vements observée de la Terre» forme le mouvement apparent» que Ton nomme mouvement géocentrique. On aura donc la véritable position de l'astre, en ajoutant à sa longitude et à sa latitude géocentriques observées» son mouvement géocentrique en longitude et en latitude» dans l'intervalle de temps que la lumière emploie à parvenir de l'astre k la Terre. Ainsi» le centre du Soleil nous parait constamment moins avancé de 62"^» 5 dans son orbe que si la lumière nous parvenait dans un instant.

L'aberration change les rapports apparents des phénomènes célestes soit avec l'espace» soit avec la durée. Au moment oii nous les voyons encore» ils ne sont déjà plus ; il y a vingt-cinq ou trente minutes que les satellites de Jupiter ont cessé d'être éclipsés, quand nous apercevons la fin de leurs éclipses» et les variations des étoiles changeantes précèdent de plusieurs années les instants de leurs observations. Mais toutes ces causes d'illusion étant bien connues» nous pouvons toujours rapporter les phénomènes du système solaire» a leur vrai lieu et à leur véritable époque.

La considération des mouvements célestes nous conduit donc à déplacer la Terre» du centre du monde où nous la supposions, trompés par les apparences et par le penchant qui porte l'homme à se regarder comme le principal objet de la nature. Le globe qu'il habite est une planète en mouvement sur elle-même et autour du Soleil. En l'envisageant sous cet aspect» tous les phénomènes s'expliquent de la manière la plus simple ; les lois des mouvements célestes sont uniformes; toutes les analogies sont observées. Ainsi que Jupiter» Saturne et Uranus» la Terre est accompagnée d'un satellite; elle tourne sur elle-même» comme Vénus, Mars» Jupiter» Saturne et probablement toutes les autres planètes; elle emprunte comme elles sa lumière du Soleil» et se meut autour de lui dans le même sens et suivant les mêmes lois. Enfin la pensée du mouvement de la Terre réunit en sa faveur la simplicité» l'analogie et généralement tout ce qui caractérise le vrai système de la nature. Nous verrons» en la suivant dans ses conséquences, les phénomènes

célestes ramenés, jusque dans leurs plus petits détails, à une seule loi dont ils sont les développements nécessaires. Le mouvement de la Terre acquerra ainsi toute la certitude dont les vérités physiques sont susceptibles, et qui peut résulter soit du grand nombre et de la variété des phénomènes expliqués, soit de la simplicité des lois dont on les fait dépendre. Aucune branche des sciences naturelles ne réunit a un plus haut degré ces avantages que la théorie du système du monde, fondée sur le mouvement de la Terre.

Ce mouvement agrandit Tunivers à nos yeux; il nous donne, pour mesurer les distances des corps célestes, une base immense, le diamètre de l'orbe terrestre. C'est par son moyen que Ton a exactement déterminé les dimensions des orbes planétaires. Ainsi le mouvement de la Terre, qui, par les illusions dont il est cause, a pendant longtemps retardé la connaissance des mouvements réels des planètes, nous les a fait connaître ensuite avec plus de précision que si nous eussions été placés au foyer de ces mouvements. Cependant la parallaxe annuelle des étoiles, ou Tangle sous lequel on verrait de leur centre le diamètre de Torbe terrestre, est insensible et ne s'élève pas à six secondes, même relativement aux étoiles qui par leur vif éclat semblent être le plus près de la Terre; elles en sont donc au moins deux cent mille fois plus éloignées que le Soleil. Une aussi prodigieuse distance, jointe à leur vive clarté, nous prouve évidemment qu'elles n'empruntent point, comme les planètes et les satellites, leur lumière du Soleil, mais qu'elles brillent de leur propre lumière, en sorte qu'elles sont autant de soleils répandus dans l'immensité de l'espace, et qui, semblables au nôtre, peuvent être les foyers d'autant de systèmes planétaires. Il suffit, en effet, de nous placer sur le plus voisin de ces astres, pour ne voir le Soleil que comme un astre lumineux dont le diamètre apparent serait au-dessous d'un trentième de seconde.

Il résulte de l'immense distance des étoiles que leurs mouvements en ascension droite et en déclinaison ne sont que des apparences, produites par le mouvement de l'axe de rotation de la Terre. Mais quelques

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