EXPLICATION DE L'ÉYANGILE ; — 2° REMÈDES DE LA COLÈRE
Ego autem dico vobis, quia omnis qui irascitur fratri suo, reus erit judicio.
Et moi je vous dis: quiconque se met en colère contre son frère, sera soumio an tribunal du jugement. Matth. v, 22.
L'évangile de ce jom', mes frères, m'engage à vous mettre sous les yeux les sentiments et les dispositions d'un grand nombre de chrétiens. Je ne puis mieux le faire qu'en rappelant une loi qui était en vigueur chez les Hébreux et en citant un fait qui a trait à cette loi. Si un homme, disait la loi, meurt sans
enfants, le frère du défunt ou son plus proche parent recueillera son héritage et épousera sa veuve. Par cette prescription^ le Seigneur qui, dans les saintes Ecritures, s'appelle le père de l'orphelin et le défenseur de la veuve (tous noms qui marquent l'étendue immense de sa miséricorde et de sa bonté), le Seigneur voulait pom'voir à l'isolement et à l'abandon où les femmes se trouvaient réduites par le veuvage. En effet, la femme que la viduité privait de l'héritage de son époux et de son époux luimême réparait ainsi, grâce à la loi, cette double perte. L'héritage lui restait, et un nouveau mari remplaçait auprès d'elle celui qu'elle avait perdu.
Voici le fait qui confirme cette loi. Lorsque Ruth de Moab (dont vous avez si souvent entendu faire mention dans la généalogie du Sauveur) eut perdu son mari, Booz, parent du défunt, dit, en présence des anciens de la ville, à un autre parent qui était encore plus proche que lui : « Noémi, qui est revenue du pays de Moab, doit vendre une partie du champ d'Elimelech, notre parent. J'ai désiré que vous sussiez ceci, et vous l'ai voulu dire devant tous ceux qui sont assis en ce lieu et qui sont les anciens de mon peuple. Si vous voulez l'acquérir par le droit que vous donne votre parenté, achetez-le et le possédez. Que si vous êtes dans une autre pensée, déclarez-le moi, afin que je sache ce que j'ai à faire. Car il n'y a point d'autre parent que vous, qui êtes le premier, et moi, qui suis le second. — L'autre répondit : J'achèterai le champ. — Booz ajouta : Quand vous aurez acheté ce champ, il faudra aussi que vous épousiez Ruth de Moab qui a a été la femme du défunt. — L'autre alors repartit : Je vous cède mon droit de parenté ; usez vous-même du privilège qui m'est acquis. » Ruth. iv. J'ai voulu par cet exemple, mes frères, vous montrer quelles sont les dispositions de beaucoup de chrétiens. Demandez-leur s'ils désirent posséder le céleste héritage, ils vous répondront tout d'une voix que c'est là le premier, le plus cher de leurs vœux, et qu'ils n'échangeraient pas contre toutes les richesses du monde, ni même contre un empire, l'espérance de jouir un jour de la suprême féhcité. A quoi nous serviraient, disent-ils, tous les royaumes et les empires du monde, si, après