‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 1 sur 308 · PROLOGUE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE L'AUTEUR

Parmi les sujets de douleur que nous trouvons maintenant au sein du christianisme , il n'en est pas de plus grave que l'ignorance des chrétiens en ce qui concerne les lois et les fondements de leur religion. A peine trouverait-on un mahométan ou un juif qui , jusqu'à un certain point , ne sût rendre compte de sa croyance , si vous lui en demandiez les articles principaux ou les parties essentielles. Et chez les chrétiens, eux qui , ayant reçu du ciel leur doctrine, devaient la porter plus profondément empreinte au fond de leur cœur , il existe un tel oubli , une si profonde négligence, que non- seule ment les enfants, mais encore les hommes d'un âge avancé savent à peine les premiers éléments de cette philosophie divine. S'il est vrai que de la parole à l'action il y a une si grande distance , combien ne sont pas éloignés de faire ce que Dieu commande, ces hommes qui ne le savent même pas, qui n'en font jamais l'objet d'une pensée ? Que peuvent-ils donc attendre , si ce n'est cette malédiction du Prophète : « L'enfant de cent ans sera frappé de mort. » Isa. lxv, 20. Cela désigne l'homme arrivé à la perfection de l'âge et au complet développement de sa raison , mais qui est encore un enfant par son ignorance de la religion, par la manière dont il juge et sent les choses de Dieu. Que peuvent-ils espérer , ces coupables chrétiens , si ce n'est quelque

chose de semblable à ce que dit le même Prophète : « Voilà pourtom. x. 1

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quoi mon peuple a été emmené captif, c'est qu'il ne possédait pas la Bcieno is nobles enfants ont péri de faim, la multitude

a été dévorée par la soif, o Isa. \. 13.

lu effel , L'entendement et ml comme la première porte par laquelle tons les biens entrent dans notre àme, si cette porte est née par l'ignorance, miels biens notre àme pourra-t-elle acquérir? Si 1.- premier ressort, celui qui donne l'impulsion à tous 1rs autres . vient à s'arrêter, tout le mécanisme -s'arrêtera nécessairement a l'instant môme. Si donc le premier ressort de notre organisation spirituelle , et ce ressort n'est autre que la connais- <■ de Dieu, vient à nous faire défaut, il est évident que tout le reste demeurera sans action. Aussi tous les efforts de notre ennemi capital tendent-ils à nous ravir cette lumière. La première chose que firent les Philistins quand ils eurent Samson en leur pouvoir, ce fut de lui arracher les yeux ; cela fait , plus de difficulté dans tout ce qu'ils voulurent obtenir de lui, jusqu'à le forcer à tourner la meule comme une bête de somme. Il est écrit de ce même peuple qu'il veillait avec le plus grand soin à ce que les Israélites n'eussent pas de forges, si bien qu'il leur fut nécessaire en toute occasion de recourir à celles de leurs maîtres ; ceux-ci pouvaient de la sorte maintenir aisément leur pouvoir sur une nation dépouillée de ses armes et hors d'état de s'en procurer. .

Quelles sont les armes de la milice chrétienne? Quel est le glaive spirituel qui retranche les vices, si ce n'est la parole de Dieu, et la bonne doctrine ? Avec quelles autres armes notre grand Capitaine repoussa-tril dans le désert les attaques de l'ennemi? N'est-ce pas • ri lui redisant, à chaque nouvel assaut, une parole des divines Ecritures ? Mais ces armes, nos ennemis nous les ont soustraites; cela est vrai , du moins pour un grand nombre de chrétiens. Ils nous ont laisse a la place les armes qu'ils ont eux-mêmes forgées, c'est-a-dire les livres mauvais et profanes , qui ne sauraient avoir

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d'autre résultat que d'exciter les passions et d'alimenter les vices.

Ajoutons à cela que c'est une chose bien déplorable et en même temps bien criminelle pour des chrétiens, de ne vouloir pas mettre à profM l'un des plus* grands bienfaits que nous ayons reçu de la bonté •■( de la miséricorde divines; car c'est ainsi que nous devons regarder cette parole par laquelle Dieu nous manifeste sa volonté, ce qui lui plait et ce qui l'offense , pour que , nous éloignant de ceci et nous attachant à cela, nous vivions dans sa grâce et son amitié , et parvenions de la sorte à la participation de sa gloire. La grandeur de ce bienfait , la sublimité de cet honneur , Moïse les fait connaître à son peuple quand il lui dit : « Quelle autre nation assez grande pour avoir des rites sacrés , des jugements équitables et toute cette loi divine , que je vais aujourd'hui mettre sous vos yeux? » Deut. iv, 8. A son tour le Prophète royal bénit le Seigneur, Psal. cxlvii, 19, de ce qu'il a manifesté sa parole à Jacob et ses jugements à Israël; faveur qui n'avait été accordée à aucun autre peuple de la terre.

Que m'importe néanmoins que ce soit là une gloire si grande et si belle , et de quoi cela me servira-t-il , si je néglige la parole divine, si je ne la lis pas, si je ne la porte pas fidèlement dans mon cœur et sur mes mains ; si je ne m'en sers pas comme d'un flambeau pour dissiper les ténèbres de mon ignorance , comme d'un fléau pour expier mes fautes , comme d'un frein pour dompter mes appétits , comme d'un aiguillon pour stimuler , dans la direction du ciel , mon cœur et mes désirs ? Un remède peut avoir une grande efficacité et une merveilleuse puissance ; mais quel bien pourra-t-il me faire, si je refuse d'en user? Car enfin, le bien de l'homme consiste , non précisément dans l'excellence des choses, mais bien dans l'usage qu'il en fait ; l'usage nous fait entrer en participation avec le bien même qui en est l'objet, de telle sorte qu'il nous rend bons nous-mêmes.

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une chose assurément bien abonnante que les hommes aient pu Laisser dans un tel oubli une chose que Dieu leur recommande d'une manière si pressante, et dont il fait à tel point dépendre leur bonheur. Lui-même écrivit les lois selon lesquelles ils ■ lient vivre. Dieu lit construire le tabernacle, et il ordonna que dans l'intérieur de ce tabernacle fût déposée une arche recouverte d'or, richement travaillée ; c'est là que devait être déposée et religieusement gardée la loi du Seigneur, afin que les hommes apprissent ainsi à la respectrr davantage. Dieu ordonna à Josué d'avoir constamment sous les yeux le livre de la loi, afin que ce chef d'Israël apprit d'abord la loi pour lui-même, et qu'il put ensuite l'enseigner aux autres. Dieu ordonna encore à quiconque «levait être roi d'Israël, d'avoir en sa possession un exemplaire de la loi , mais un exemplaire que ce roi futur devait avoir écrit de sa propre main ; son règne ne pouvait sans cela être ni long ni prospère, Lent, xvn, l!S.

Sur ce précepte, Philon, l'un des écrivains juifs les plus distindt cette remarque : « Dieu ne se contente pas que le roi possède ce livre écrit par une main étrangère ; il exige que le roi L'écrive de sa propre main , afin qu'en écrivant ainsi lentement et successivement chaque parole, il grave plus profondément dans sa mémoire les sages maximes dont ce livre est composé. Par là devait croître aussi la vénération du roi pour ce livre divin ; il l'avait lui-même écrit, tout roi qu'il devait être , et quoiqu'il eût e service tant de scribes et de ministres auxquels il eût pu confier ce travail. Cela devait encore augmenter en lui l'amour de loi divine , puisqu'elle avait été pour la première fois écrite du doigt de Dieu même, pour l'être ensuite, non par la main d'un homme quelconque , mais par la main même des rois. Pour que niants d'Israël lussent en quelque sorte dans l'impossibilité d'oublier mie chose aussi nécessaire , il leur ordonna par Moïse ,

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