‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 105 sur 308 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Du cinquième privilège dt la vertu, qui est la joie de la bonne conscience; comme aussi des tourments intérieurs et des remords que souffrent les méchants.

A la joie que donnent les consolations de l'Esprit-Saint , il faut ajouter celle que le juste reçoit du témoignage de sa propre conscience. Pour bien comprendre la nature de ce privilège, son élévation et sa grandeur, nous ne devons pas perdre de vue que la divine Providence , en donnant à toutes les créatures sans exception tout ce qui leur était nécessaire pour l'accomplissement de leur destinée, ne pouvait oublier la créature raisonnable, le chefd'œuvre de sa puissance, l'objet spécial de son amour. Dieu a voulu donc pourvoir une telle créature de tout ce qui est nécessaire à sa perfection. Or cette perfection comprend celle de l'intelligence et celle de la volonté, qui sont les deux principales puissances de notre âme , l'une devant être perfectionnée par la science, l'autre par la vertu. Voilà pourquoi le Créateur a mis dans notre intelligence les principes universels d'où procèdent toutes les conclusions scientifiques, et dans notre volonté le germe de toutes les vertus.

Par elle-même, en effet, notre volonté sent une inclination naturelle à tout ce qui est bien, une horreur instinctive pour tout ce qui est mal; elle se réjouit spontanément à la vue de l'un, elle s'indigne ou s'attriste à la vue de l'autre. Cette inclination est tellement inhérente à notre nature, tellement forte et persévérante, que rien au monde ne saurait la détruire en nous. Il se peut

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qu'une longue habitude du désordre L'altère et l'affaiblisse; mais la détruire entièrement, modifier à ce point le fond même de notre fctre, cela ne se peut pas. 11 en est de cette inclination comme de nuire libru arbitre; et mais sommée en droit d'appliquer à celle-là ce que les théologiens ont dit de celui-ci. 11 survit, bien qu'affaibli sans doute, à tous nos malheurs spirituels, à toutes nos ruines morales. C'est ce pauvre serviteur de Job qui échappait aux diverses calamités, aux revers inouïs, dont le patriarche était frappé dans ses biens et sa famille; et cela pour venir les lui annoncer. Il est un serviteur aussi qui ne fait jamais défaut à l'âme humaine, pour linstruire des malheurs qu'elle s'est attirés; les docteurs lui donnent le nom de syndérèse. Comme le serviteur de Job, la syndérèse de la conscience échappe à toutes les destructions, survit à toutes les morts , et ne cesse de représenter à l'âme coupable les biens qu'elle a perdus en péchant, le funeste état où elle est tombée.

n cela nous voyons briller d'une lumière invincible le soin que la divine Providence a de nous, le prix qu'elle attache à notre vertu ; elle a placé dans le sanctuaire même de notre àme un moniteur qui ne connaît pas le sommeil, un prédicateur qui jamais n'est réduit au silence, un maître persévérant, un infatigable auxiliaire, qui ne cesse de nous guider et de nous soutenir dans le chemin de la vertu. C'est ce que comprenait fort bien le célèbre stoïcien Epictète. Comme un père, c'est la pensée de ce philosophe, confie ses enfants encore jeunes à la garde d'un homme éclairé, qui ait soin de les éloigner de tout vice , de les acheminer à tout bien ; de même Dieu , comme un tendre père , après nous avoir donné la vie , nous a confiés à ce guide intérieur, à ce généreux appui , que nous nommons la conscience ; elle a pour mission de nous éclairer et de nous stimuler sans relâche pour nous faire avancer dans la roule du salut, et de nous avertir, de nous tourmenter d'une manière également infatigable, quand nous marchons par les voies de la perdition et de la mort.

Ainsi donc la conscience, qui pour les bons est un maître plein de sollicitude, devient un bourreau pour les méchants; elle ne cesse de les flageller dans le secret de leur cœur et de répandre

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